19 novembre 2019
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Soeur Sourire : Etonnant parcours

Il y a quinze ans, le cinéaste belge Stijn Coninx avait refusé le projet proposé par les scénaristes Luc Maddelein et Leen Van den Berg, qui voulaient tourner une biographie filmée de Jeannine Deckers centrée sur ses problèmes avec le fisc et sa période de misère. Parallèlement, intéressée par ce biopic sur la vie de Jeannine Deckers depuis plus de sept ans, Cécile de France avait déjà donné son aval au producteur. Convaincu par la comédienne qui partage sa vision du film, le réalisateur Stijn Coninx a accepté la proposition venant cette fois-ci de Jan van Raemdonck, à condition de pouvoir retoucher le scénario.

Voulant centrer l'intrigue autour de l'irrépressible besoin d'amour de Soeur Sourire, Stijn Coninx a évoqué brièvement la période de sa vie où elle a connu des difficultés financières. Il a en outre modifié des aspects de sa biographie pour centrer le film sur les manifestations de son besoin d'amour. Ainsi, loin de livrer un film triste, Sœur sourire est d'abord un film drôle aux répliques cinglantes, centré sur une femme qui ne savait pas aimer et qui croyait sincèrement en Dieu.

Le film est divisé en quatre chapitres plus ou moins long : la jeune femme qui se cherche, la dominicaine, la petite star et l'errance de Jeannine. Ce choix scénaristique est à saluer. Le scénario se tient même si les dernières parties présentent quelques longueurs et sont parfois plus maladroites que l'ascension de la petite dominicaine. Le film présente la qualité de ne jamais perdre son sujet sans négliger les personnages secondaires. Sœur Sourire, la mal nommée avait un caractère bougon, rebelle et difficile. Sur la fin de sa vie, droguée aux médicaments, elle était devenue plus que difficile à vivre. Mais elle était aussi drôle et pétillante.

Elle est interprétée de façon très juste et éblouissante par Cécile de France dont le physique colle parfaitement avec ce qu'était la sœur. La jeune femme explique s'imprégner de ses rôles en se documentant précisément sur la vie de la personne qu'elle est chargée d'incarner. Pour ce film encore, Cécile de France a effectué un important travail de recherche afin d'appréhender son rôle de la façon la plus juste qui soit. Après avoir visionné les documentaires portant sur Soeur Sourire et lu les ouvrages et les interviews qui lui étaient consacrés, elle a cherché à coller fidèlement à la personnalité de la jeune nonne, prenant même des cours de chant et de guitare pendant cinq mois. Elle interprète d'ailleurs toutes les chansons dans le film. Toutefois, la comédienne explique avoir "estompté ses aspects les moins sympathiques, comme son agressivité et son arrogance", afin de "tirer le récit vers la fiction" et de rendre la jeune femme plus attachante.

Heureusement devrait-on dire tant on devine que Jeannine ne devait pas être fondamentalement facile. Elle ne se trouve pas en amour, ne sait pas si elle aime les hommes ou les femmes, se tourne vers Dieu un temps, ce qui résout temporairement le problème. Mais, son tempérament fort et son orgueil lui font claquer les portes un peu vite. La vie de cette femme est particulièrement intéressante, c'est un vrai personnage.

Certes, « Sœur Sourire » évoque l'amour mais elle est aussi « physique » voire violente. Le film évoque l'agressivité refoulée et la brutalité sauvage du personnage. Chacun trouvera ça et là des choses qui lui ressemble, des envies, des espoirs, la difficulté à se trouver. Il raconte la vie d'une femme avant tout : tragique et lumineux( !) à la fois. Il aborde aussi fort justement les rapports de famille, les rapports de pouvoirs, le show business naissant.

On saluera également tous les seconds rôles, très féminin cela va de soi. Stijn Coninx a choisi uniquement des acteurs belges. On retrouve ainsi Sandrine Blancke, Jan Decleir et Chris Lomme. Mais c'est peut être la présence discrète de Tsilla Chelton, jouer le jouant le rôle de la doyenne dominicaine en fauteuil roulant, qui marquera les esprits tant les mimiques drolatiques rafraîchissent les scènes.

Le film ne pouvait pas se faire sans évoquer la religion et surtout le couvent. Là-dessus une véritable contre publicité. Cependant, rien n'est outrageant, outrancier ou exagéré. Le réalisateur a l'intelligence des nuances. Afin d'éviter d'être en porte-à-faux par rapport à l'église, le cinéaste a dû s'expliquer avec l'évêque de Namur avant d'obtenir l'autorisation de filmer dans un couvent.

Le parcours de Jeannine dépassait largement l'histoire d'une lesbienne, ce qu'elle fut la seconde partie de sa vie. Là aussi, la délicatesse l'emporte. L'atmosphère de la période est bien retranscrite. Un travail minutieux pour les décors et les costumes a visiblement été effectué. Ainsi, relativement fidèle (la vérité a été tronquée ça et là ; le personnage de Françoise n'est en réalité pas la cousine de Jeannine mais sa petite sœur) à la réalité mais édulcoré pour en faire un film plus souriant que sombre, Sœur sourire est un joli film intéressant, intelligent et drôle.

On regrettera simplement que, sur la fin, il manque un peu de rythme. Il mérite sans doute le détour pour la rencontre avec une femme au parcours atypique et l'interprétation de Cécile de France.

Auteur :Magali Contrafatto
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