25 janvier 2021
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Solaris : Belle et grande surprise !

Après un nullissime "Full Frontal", on était bien en droit de se questionner sur l'avenir de Steven Soderbergh. Cette année, le très prolifique réalisateur tente donc de se racheter. Il choisit pour cela de porter à l'écran l'oeuvre de Stanislaw Lem, "Solaris". Cependant, le réalisateur américain se situe aux antipodes de son maître russe, le grand Andreï Tarkovski, qui privilégiait notamment l'aspect politique et engagé de l'oeuvre, au détriment d'un univers SF.

Entre "Intelligence Artificielle" et "2001, l'odyssée de l'espace", le réalisateur américain signe un bel objet de contemplation : loin des effets spéciaux obligés de la science-fiction, Soderbergh prouve qu'on peut innover en la matière et être conventionnel, sans vraiment l'être. Ici, Soderbergh se concentre sur une thématique fondamentalement psychologique, soulevant par la même occasion des questions d'ordre moral et surtout sur notre mémoire. "Solaris" ne dure qu'une heure et demie, et pourtant, permet de se poser des questions essentielles : comment cohabiter avec nos souvenirs ? Et s'ils nous envahissaient, prenaient le dessus ? Est-il possible de recréer et de revivre un autre passé ? Sommes-nous prédestinés à vivre inlassablement les mêmes choses ?

"Il n'y a pas de réponses, seulement des choix", nous dit Soderbergh à travers l'un de ses personnages. Le film explore donc les possibilités qu'a le personnage de Clooney pour essayer non seulement de faire exister l'inexistant, de matérialiser le tacite, mais aussi de se racheter. Kelvin a le sentiment coupable d'avoir commis des fautes, et cherche à tout prix le moyen de réparer ses erreurs. Il y a beaucoup de repentance et de rédemption dans ce "Solaris" - tout comme chez beaucoup d'autres cinéastes américains d'ailleurs - toutefois, cela produit un effet inverse : le spectateur n'est pas rebuté par tant de bons sentiments, il plonge davantage en profondeur du drame psychologique qui se déroule dans la tête du docteur.

Cela dit, "Solaris" est avant tout une histoire d'amour, que le spectateur prend plaisir à sui vre, tant cet amour est fort et survit tout au long du film. C'est une histoire d'amour qui se situe dans l'espace intersidéral - ce qui la rend d'emblée universelle et la sort de la banalité - avec, aux commandes du vaisseau, un maître du flash-back, des jeux de lumière et de la narration. Soderbergh montre qu'il peut raconter une histoire simple, qui se complique à cause des enjeux abordés. Cette simplicité est parfaitement illustrée dans sa manière de filmer, de suivre l'action (par exemple, la caméra prolonge le regard du Dr Kelvin sur les traces de sang. Kubrick n'est pas loin...) et de souligner volontairement les zones d'ombres : il pleut sur Terre, la tristesse infinie de Kelvin se renforce au gré des plans serrés sur son visage, mangé par une noirceur implacable - merci les projecteurs !

Du côté des acteurs, tout semble fonctionner à merveille. George Clooney, épais sourcil mais fin acteur, comme à son habitude, est habité par son personnage du Dr. Kelvin qui malgré ses thèses rationnalistes sur Dieu et l'homme, veut croire à cette vérité purement chimérique qu'il pense vivre : un paradoxe complet. Il est rejoint par la belle Natascha McElhone ("The Truman Show"), véritable miroir d'émotions, mais aussi livide qu'inhumaine à certains moments clés. Viola Davis et Jeremy Davies (personnage principal dans le pseudo-SF, CQ) viennent compléter le casting, deux éléments qui se révèlent être, par la suite, fondamentalement exploités et nécessaires du point de vue de l'histoire.

Dans un semblant de structure conventionnelle, Soderbergh sort du carcan habituel SF en y attribuant un aspect psychanalytique porteur de sens. "Solaris" est un grand film, fait avec peu de moyens. Bravo ! Le seul regret concerne le temps imparti, qui est ici seulement d'une heure et demie; les plaisirs sont de courte durée...

Auteur :Houman Reissi
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