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Solaris : Belle relecture

On peut légitimement douter, conforté par toute une pléthore d'exemples, du bien-fondé du remake hollywoodien de "Solaris". Alors que nombreux sont ceux qui font des gorges chaudes du Cercle, remake édulcoré de l'original japonais ("Ring"), "Solaris" de Soderbergh arrive enfin sur nos écrans. 

Comment appréhender alors ce film d'un auteur qui n'a que très rarement déçu, un des seuls à imposer une réelle touche personnelle dans le système tentaculaire des studios hollywoodiens, alors que l'immense Tarkovski s'était déjà illustré en adaptant le roman de Stanislas Lem ? La différence est là : "Solaris" n'est pas un film de Tarkovski à l'origine, mais un roman de science-fiction polonais. Nous ne sommes donc pas face à un scénario original reformaté par les américains pour le monde reconnaissant, mais bel et bien devant une nouvelle adaptation de roman. Certes, Tarkovski l'a précédé brillamment, mais Soderbergh n'est pas tombé dans le piège du remake. On pouvait compter sur lui.

Soderbergh nous offre sa lecture, sa propre adaptation du roman de Lem. C'est lui, personnellement, qui a adapté le récit en scénario. Au point que son "Solaris" n'est proche de celui de Tarkovski que dans ce qui les lie tous deux, dans les grandes lignes, au récit originel. D'emblée, la réalisation de Soderbergh est reconnaissable. Il continue à expérimenter son utilisation de plus en plus maîtrisée des filtres de couleurs, et parvient de mieux en mieux à générer une ambiance particulière pour chaque scène en s'en remettant, dans un premier temps, à son traitement plastique. Là où "Traffic" opposait ambiances chaleureuses et glaciales, Solaris parvient à confronter deux mondes froids et chromatiques sans qu'ils ne se ressemblent aucunement ( la Terre, et la station en orbite autour de Solaris). 

Et puis, dans les thèmes qu'il développe, le "Solaris" de Soderbergh n'innove peut-être pas, mais est réellement imprégné des considérations de son auteur, de son époque. Certains y verront sans aucun doute un voyage métaphysique, à la "2001 Odyssée de l'Espace". Il y a bien sûr un peu de cela, sauf que là où le héros kubrickien approchait une « réponse » quasi-divine, le héros de Soderbergh ne s'approche pas du mystère de Dieu ou de la création, ou encore d'une forme de vie supérieure (comme l'évoque la femme de Kelvin), mais bel et bien du mystère de l'Homme. Solaris est un film sur l'Homme face à lui-même, l'être doté d'une conscience réfléchissant sur lui-même (et se réfléchissant lui-même… à l'image de Snow). Kelvin se retrouve, presque par hasard, à sonder ce continent inexploré qu'est l'Inconscient, l'Âme humaine… On peut d'ailleurs voir dans la planète Solaris elle-même une représentation du cerveau humain, avec ces connections qui s'opèrent sans cesse… Et le film se révèle d'une densité thématique incroyable sous la sobriété apparente de son esthétique.  

Soderbergh nous invite à repenser notre façon de voir les autres, évoque le fait que notre éternité s'achève avec la disparition des êtres qui se souviennent de nous. Mais évoque aussi la solitude, même dans la foule, même entouré de proche, de l'être humain qui ne peut appréhender l'Autre que par sa propre vision déformée…

"Solaris" nous interroge aussi, un peu comme l'excellent "After Life" de Hirokazu Kore-Eda, même si de façon totalement différente, sur ce que l'on retiendrait d'une vie, d'une personne, si l'occasion nous en était donnée. Enfin, comme "Blade Runner" en son temps, "Solaris" pose le problème de l'humanité. De qui, de quoi peut-on dire qu'il est humain ? Être doté d'une conscience, d'une apparence suffit-il ? Dans un monde où le débat sur le clonage déchaîne les passions, on voit à quel point le film de Soderbergh reflète les interrogations de son époque. 

Pour finir, on peut saluer l'incroyable prestation de George Clooney, qui, décidément, est un immense acteur. Il vous suffira d'une scène, celle de son premier réveil après son arrivée à bord de la station orbitale, pour vous en convaincre. Bref, Soderbergh continue à nous livrer un (excellent) film par an et semble confirmer sa collaboration active avec Clooney. Que demander de plus ? Venant de ces deux-là, chaque sortie se révèle être une valeur sûre, qui ,bien loin de répondre toujours au même schéma, parvient à surprendre presque à chaque fois. 

Auteur :Benjamin Thomas
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