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Sous le sable : D’une rare dureté

François Ozon s'est fait connaître pour la peinture acide et décalée de la famille qu'il dressait dans "Sitcom", son premier long-métrage. Après "Les Amants Criminels" et "Gouttes d'Eau sur Pierres Brûlantes" deux autres films plus décevants et plus confinés, il revient? avec "Sous le sable"? à un cinéma beaucoup plus fort et bien plus imaginatif.

Ozon y filme le quotidien d'un couple dans tout ce qu'il peut avoir de répétitif voire de banal. A la disparition de Jean, le personnage de Marie se persuade de croire encore que l'espoir et possible tout en réalisant la lente dérive vers la folie qui la menace...

"Sous le sable" est un formidable portrait de femme ! Une femme d'ailleurs remarquablement interprétée par une Charlotte Rampling telle qu'on ne l'avait plus vue de puis longtemps. "Sous le sable" est aussi un très beau film sur le manque, l'absence, la solitude et finalement le doute. Autant de sentiments et d'états que François Ozon filme avec beaucoup de précision.

Marie ne pleure Jean qu'à la fin du film, lorsqu'elle est arrivée au bout de son cheminement personnel. Les personnages ne parlent pas beaucoup. Tout le talent de François Ozon, c'est alors de parvenir à nous faire ressentir le trouble et le cheminement des personnages presque sans aucun mot.

Un parcours intérieur que le réalisateur saisit avec beaucoup de justesse sur le visage et dans les yeux de Charlotte Rampling. Dans son petit quotidien, elle continue de s'imaginer un mari. Cet aveuglement se dissipe toutefois petit à petit et la vie tranquille, mais heureuse, qu'elle avait cru vivre pendant des années finit par voler en éclats.

C'est l'occasion d'une scène d'une dureté rare entre la mère de Jean et sa belle-fille. Pourtant, même lorsque Marie finit par comprendre, sur la plage même qui a vu disparaître son mari, elle court encore après un mirage.

François Ozon filme son histoire sans complaisance. Comme un diamant, "Sous le sable" est d'une dureté sans pareille. Toutefois, ce sont cette dureté et cette sincérité qui font son éclat. Ce dernier le classe au tout premier rang des films français de ce nouveau millénaire.

Auteur :Guillaume Branquart

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