Critiques

Spectre : Ethan Hunt fait mieux

A moins que vous viviez dans une autre galaxie (auquel cas vous ne risquez pas de lire cette critique), vous n'avez pas pu passer à côté de l'information essentielle de ce mercredi 11 novembre 2015 (non non, pas le fait que c'est férié pour cause de commémoration, ça c'est pareil tous les ans) : le retour sur grand écran avec "Spectre" du héros le plus célèbre du cinéma (c'est la vingt-quatrième fois qu'il fait l'objet d'un film quand même, après avoir changé plusieurs fois d'interprètes - un peu comme le Docteur Who, quoi), c'est-à-dire James Bond (qui prend de nouveau les traits de Daniel Craig, pour notre grand plaisir) dans "Spectre" (distribué par Sony Pictures).

Et ça n'est pas pour dire, mais ce retour on l'attendait quasi avec autant d'impatience (mais moins quand même) que le septième volet de "Star Wars", à cause, il faut l'avouer, ou enfin grâce au talent de Sam Mendes, qui a réussi à redorer le blason de la saga qui avait pris un sacré coup dans sa crédibilité, voire perdu son âme (autant on s'était réjoui du choix de Pierce Brosnan, aka Remington Steele, notre premier amour du haut de nos 10 ans, pour remplacer Timothy Dalton, autant les films dans lesquels il est apparu étaient assez catastrophiques, James Bond s'étant transformé au passage en être surhumain (on ne s'est toujours pas remis de la scène grandguignolesque où James Bond saute d'un avion dans les airs, pour atterrir tranquille dans un autre avion qui passait par là..., dénué de faiblesses, jamais il avait mal le James voire de sentiments), en rebootant la série avec "Casino Royale" et le sublime et très noir "Skyfall" (pas de Sam Mendes aux commandes de l'oubliable "Quantum of Solace", ce qui prouve bien que la réussite des James Bond version années 2000 réside en grande partie dans son réalisateur).

Bref, on était bien contente d'aller se précipiter à la première séance du matin (et on était pas la seule) pour découvrir ce qu'il était advenu de James Bond depuis "Skyfall" (où l'on en avait appris un peu plus sur l'enfance de James, ce qui a sa petite importance), dont "Spectre" est la suite indissociable, et la mort de M (Judi Dench, remplacée par un nouveau M à la tête du MI-6, Ralph Fiennes). Et l'on constate que même morte, M continue de donner des missions à son 00 préféré, puisqu'elle lui a laissé une vidéo où elle lui demande de tuer Marco Sciarra et de se rendre à ses funérailles à Rome. C'est ainsi qu'il est mis sur la piste de l'organisation criminelle Spectre dirigée par une très vieille connaissance de 007 (dont Bond a malgré lui changé la destinée)...

Est-ce dû à notre trop grande attente, on se le demande encore, toujours est-il qu'il faut le dire d'emblée, on n'a pas été autant convaincue par "Spectre" qu'on aurait aimé (on a même regardé plusieurs fois sa montre, ce qui n'est jamais très bon signe). Pourtant tous les ingrédients qui ont fait la renommée de James Bond sont bien présents dans le film : quelques gadgets (enfin une simple montre qui ne fait pas grand chose), une voiture de luxe customisée (qui comme d'habitude ne fera pas long feu), une course poursuite, des cascades, une scène de torture (un peu ridicule reconnaissons-le, on préférait nettement les méthodes "en dessous de la ceinture" du Chiffre), des belles James Bond Girl (brève apparition de Monica Belluci, et Léa Seydoux - à qui il manque ce "petit je ne sais quoi" - qui essaie vainement de ne pas être une potiche, mais le scénario ne va pas l'y aider des masses. Bah on rêve d'une James Bond Girl à la "Ilsa Faust", et là on en est bien loin), un méchant à neutraliser, le fameux vodka-martini et évidemment les notes de musique qui vont bien (tadadada da da da dadada dada tadadada dada dadadada dada, dadaaaaaa).

Mais voilà, malgré ça et la Mendes' touch (le côté sombre introduit dans la saga, Mendes s'étant inspiré de l'univers de "Batman", sous la direction de Christopher Nolan, et une réalisation au poil), "Spectre" peine à nous emballer, en raison de son scénario assez bateau/simplet (sérieusement, on vous fait un résumé complet des 2h30 sur cinq lignes grand max), son absence de vrai suspens, son action trop légère/pas assez spectaculaire (limite on va finir par regretter les sauts dans les airs de Brosnan) et surtout son méchant plutôt raté (il n'est pas très impressionnant le dirigeant de Spectre, et l'idée de le faire incarner par Christopher Walz nous apparaît assez mauvaise au final, l'acteur aimant trop cabotiner pour faire d'Ernst Stavro Blofeld un personnage qui fait réellement froid dans le dos - n'est pas Javier Bardem qui veut !).

Donc, en résumé, le nouveau James Bond s'avère être en demie teinte, mais on va quand même vous conseiller d'aller le voir (parce que c'est James Bond, qu'il est interprété par le classieux Daniel Craig et que Sam Mendes est à la réalisation). Par contre, vous êtes prévenu, ne vous attendez pas à être aussi emballés que vous l'aviez été avec "Casino Royale" et "Skyfall", le film étant bien en dessous des deux autres.

D'ailleurs, on conclura en rappelant que si "Mission Impossible" avait eu la bonne idée de se jamesbonderiser (sans en reprendre les écueils, les femmes y ayant depuis longtemps dépassé le rôle de simple faire-valoir, pour devenir l'égal du héros masculin, ce dont James Bond ferait bien de s'inspirer), James Bond ferait désormais bien, de son côté, de se missionimpossibiliser (parce qu'on va finir par lui préférer, à notre grand dam, Ethan Hunt).

Auteure :Karine Lebreton
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