18 octobre 2021
Critiques

Spectre : L’ombre de lui-même

Après le succès unanime de "Skyfall", le moins qu'on puisse dire c'est qu'on attendait avec impatience "Spectre" (distribué par Sony Pictures). Voici la suite des aventures de 007 (toujours sous les traits de Daniel Craig maintenant associé pour de bon à ce rôle mythique). Derrière la caméra : toujours Sam Mendes. Les paris et les espoirs qu'on y plaçait n'étaient-ils pas trop élevés ? Si la réponse est non vous vous en tirerez l'esprit serein. Toutefois, pour tous ceux qui attendait du grandiose, la déception sera amère.

Commençons notre petit tour d'horizon des ratés de "Spectre". Par exemple, la scène d'ouverture. Elle semble avoir pris le parti de montrer beaucoup plus qu'elle n'offre réellement. En effet, elle axe tout sur la mise en beauté (décors et costumes) que sur la scène d'action introductive. Le fait est qu'une scène d'ouverture de James Bond doit donner le ton. Pour que nous soyons parfaitement réceptifs au générique. Ce dernier, lui, doit cristalliser toute l'esthétique et les enjeux sur un fond musical marquant. Autant dire que voilà une mission complexe.

Le générique est, ici, difficile à critiquer et difficile à aimer. On a bien le droit à certaines images très belles qui sont la quintessence visuelle de l'esprit du film. Mais aussi à d'autres qui sont parfois ennuyeuses ou trop plates ou trop ressemblantes à celles déjà aperçues par le passé. Pour ce qui est de la musique (au demeurant charmante prise indépendamment), les premières notes nous mettent en confiance. Puis, elles nous malmènent avec une inconstance stylistique et une voix de chanteur British geignarde. Voilà qui est fort malvenu lorsqu'on aurait tendance à espérer une voix plus tonitruante pour porter cette lourde tâche. Femme ou homme l'interprète importe peu ! Son timbre doit démontrer par le chant une force digne de notre agent secret préféré. Ce n'est ici pas le cas. A mon humble avis.

Pour ce qui est des interprètes féminines, je m'en veux de décevoir les curieux, mais il semblerait qu'on ait poussé la bêtise au point d'inclure Monica Bellucci pour cinq malheureuses minutes. Dans ces dernières, elle n'impacte le récit d'aucune manière significative (au moins dans "Matrix Reloaded" elle permettait la libération d'un prisonnier). Deuxième erreur fatale de casting ! Choisir pour James Bond Girl la pathétique Léa Seydoux ! Soyons honnêtes : elle ne rivalise de charisme qu'avec une huître ! Et dire qu'on accorde même pas le respect d'un rôle décent à Monica Belluci !

Il convient, de toute évidence pour le récit, que la femme, qui fait entrevoir à 007 un avenir possible en dehors de son univers, soit jeune et fraîche, qu'elle soit le printemps de sa vie. Toutefois, par pitié ! Rendez-la irrémédiablement délicieuse (au passage on regrettera un manque total de nudité féminine ce qui pour une intrigue amoureuse si présente constitue un crime). Ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose que des français s'exportent à l'international (même si en dernière instance ils ne constituent qu'une page "acteurs parlant français" dans les catalogues de casting aux USA, raison pour laquelle ils doivent toujours baragouiner dans notre langue à un moment ou un autre). Néanmoins, je poserai la question de savoir si ce qu'on exporte à l'étranger est réellement ce qu'on a de mieux à offrir ?

Nous arrivons maintenant dans notre petit tour à l'avant dernière étape que sont les scènes d'actions. Un élément majeur d'un James Bond réussi. A l'image de la scène d'ouverture. Ces scène en question ont la fâcheuse tendance d'être ridiculement grandioses et intensément fades. Que ce soit les courses-poursuites ou les combats à défaut de mettre 007 en danger, elles ne divertissent que très peu. On a la sensation désagréable que, par manque de consistance réelle, les scènes ont visé l'originalité et la surprise plutôt que la simplicité.

Un autre aspect est désormais à aborder : le traitement assez plat et binaire de 007 et son rival (à l'image des deux antagonistes principaux qui sont en réalité deux faces d'un même personnage qu'ils ont divisé). Ce qui faisait du méchant de Javier Bardem dans "Skyfall" (un peu à l'image de Bane dans "The Dark Knight Rises") une réussite était son alliage d'intellect et de force. Voilà qui le plaçait sur un pied d'égalité avec Bond. Voilà qui rendait leur affrontement d'autant plus imprévisible et dantesque. Dans "007 Spectre", la principale menace posée n'est rien d'autre qu'une brute. Un personnage unidimensionnel et sous-développé. Tout juste bon à frapper fort et avoir l'air méchant. Ce qui justifie le choix d'un catcheur pour l'incarner.

Nous voici au point culminant des manquements du film : le méchant et l'intrigue. Le méchant, avec un grand M, racine de tous les maux de James. Il est introduit et présenté sous un jour mystérieux. Déifié, il est à la tête d'une société secrète digne du Bilderberg. Pourtant, il, n'est en fait puissant à aucun moment (d'où le personnage de la brute). Totalement séparées d'une dimension physique, sa vilenie et sa cruauté ne s'expriment que de façon purement cérébrale. Le tout donnant lieu à une scène de torture et à un climax sans incidence aucune sur 007.

On ne peut donc que regretter 'avoir rencontré celui à l'origine de tout pour réaliser qu'il n'est en rien l'égal de notre héros. Tout comme on regrette que l'intrigue (à l'image des derniers opus placés sous le signe de l'authenticité avec des enjeux réalistes basés sur les problématiques du monde d'aujourd'hui) nous expose un ultra-méchant et une société secrète dont la finalité est d'être des pions dans une guerre de l'information. Quant bien même leur influence et leur anonymat ne semblent rien nécessiter pour s'exercer et accomplir leur volonté.

Enfin, on ne peut que déplorer un excès de références aux films précédents. Voilà qui est loin de surprendre. Mais cela empêche juste de considérer chaque opus comme une unité indépendante. En effet, tout en créant une cohérence globale de l'univers, cela minimise l'importance de chaque histoire. Cela affaiblit la portée des individus en complexifiant l'intrigue, sans pour autant grandir la force et l'ingéniosité du héros qui ne semble se battre que contre des nuisances passagères. Voilà pourquoi, on ressort de la salle profondément déçu. Ce quatrième film de l'ère Daniel Craig place le compteur final à un tour de force cinématographique : "Skyfall". Et à trois films moyens (minimisant le rôle du plus brillant d'entre eux).

Auteur :Chris Carlin
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