23 septembre 2019
Critiques

Spider-Man Far From Home : Où t’es papa, où t’es ?

Critique du film Spider-Man: Far From Home

par Guillaume Méral

A peine remis du Series Finale le cher du monde qui concluait 10 ans de sitcomisation étendue de l’univers cinématographique devant les yeux énamourés de (télé)spectateurs en transe que l’industrie doit déjà réaligner ses pendules sur le fuseau horaire de Marvel. La maison aux idées ne prend pas le temps de s’appesantir sur le record appelé à demeurer pour l’instant intact d’Avatar (comme quoi y’a une justice) et inaugure (ou conclut, on ne sait plus) sa phase 3 avec Spider-man : Far from home. Soit une nouvelle aventure du tisseur acnéique 6 mois après le festival d’inventivité straight from the future offert par Spider-Man : New Generation, une brillante itération animée, et 2 ans après le après le premier opus du reboot initié par l’Empire du post-empire.

Après avoir cassé du col bleu surendetté pour faire reluire l’armure du 1% qui lui servait de mentor, Peter Parker a le droit cette fois à un ennemi moins sympathique que lui (même s’il continue SPOILER de payer les frasques de ce connard de Tony Stark SPOILER). Revenu de l’au-delà avec la moitié de la planète qui avait fait les frais du zèle écologique d’un extraterrestre à la mâchoire carrée, Peter Parker se voit proposé avec l’ensemble de sa classe un voyage en Europe, histoire de faire des bisous magiques sur leur plaies de millenials émotifs. L’occasion rêvée d’emballer la belle MJ si des créatures inter-dimensionnelles et ce psychorigide de Nick Fury ne venaient pas l’empêcher de se concentrer sur les soucis de son âge…

On ne viendra pas vous faire l’article sur les défauts récurrents des productions Marvel, qui n’ont de toutes façons aucun intérêts à se remettre en question au regard du plébiscite public ratifiant le système Kevin Feige. Tout juste pointerons nous du doigt l’ironie qu’il peut y avoir à relever l’impasse du projet dans le surplus de personnalité que lui insuffle le réalisateur.

Fan déclaré de John Hugues et désireux d’identifier son Spider-Man à l’euphorie inhérente aux teen-movies de sa jeunesse, Jon Watts ne s’en sortirait probablement pas si mal dans l’exercice de la romance adolescente. C’est en tous cas ce qu’on se dit à l’aune de quelques vignettes plutôt entraînantes, où la BO vintage accompagne les regards en coin que se lancent Tom Holland et Zendaya. C’est mignon tout plein, et l’alchimie évidente entre les deux acteurs permet de relever le plat sans goût servi par une direction artistique prise en charge par des bots Conforama, qui prennent soin de reléguer la carte postale européenne au rayon literie du supermarché globalisé (pour l’achat d’une lampe de chevet Iron Man un cadre moche du London bridge à -50%- DANS TA GUEULE VIEUX-CONTINENT).

Malheureusement, Spider-Man est également un film de super-héros comme son nom l’indique. De quoi passer du gros sel sur les plaies de fabrication béantes d’un film constamment écrasé par son statut, qui semble s’en remettre aux algorithmes pour tout ce qui ne concerne pas les problèmes d’hormones de son héros. Il faut compter sur les comédiens pour insuffler un peu de personnalité à l’ensemble. De Tom Holland enfin habité à Zendaya, en passant par un Jake Gyllenhaal, qui même à 30% réussit à sauver le sous traitement réservé son personnage.

Dans ces conditions, on n’exigerait rien qui dépasse la mission de prestataire de Jon Watts si le réalisateur ne se mettait pas lui-même la rate au court-bouillon en se lançant dans l’ascension du plus haut sommet du genre. On parle bien sûr du Spiderman 2 de Sam Raimi, dont Far From Home reprend le fil rouge narratif à savoir le rejet par le personnage de sa condition super-héroïque. Une ambition louable mais malheureusement incompatible avec les pauvres moyens dont Watts dispose pour contourner le cahier des charges Marvel. Ainsi, Far From Home creuse à la pelleteuse le gouffre béant qui le sépare de Raimi chaque fois qu’il essaie de le combler.

Incapable de trouver un point de jonction entre le teen-movie et le film de super-héros pour parler des difficultés du personnage à assumer sa double casquette, Watts se loupe dans les transitions que Raimi parvenait si bien à enchaîner dans une (grande) forme qui n’appartenait qu’à lui. A l’instar de son héros, ce Spider-Man se condamne à ne jamais être à la hauteur du modèle auquel il s’astreint à se mesurer (Tony Stark pour Peter Parker, Sam Raimi pour Kevin Feige et Jon Watts). Far from Home, effectivement.

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