Critiques

Spider-Man: Homecoming : La folle journée de Peter Parker

Après des années de conflit avec Sony, Marvel a enfin récupéré (partiellement) les droits de Spiderman, et peut donc intégrer ce héros majeur des comics à son univers cinématographique. La première apparition du personnage s'est faîte dans "Captain America : Civil War". "Homecoming" est le premier film du MCU dont il soit le protagoniste. Pour un résultat fort décevant.

Le film part pourtant d'une idée intéressante : mélanger les codes du film de super-héros (en gros, ceux de la recette habituelle de Marvel qui font le succès de la franchise depuis tant d'années) et ceux du teen movie (certains classiques du genre, "La Folle Journée de Ferris Bueller" en tête, sont lourdement référencés ici). Toutefois, s'il parvient à développer de façon très classique, mais à peu près satisfaisante, sa partie super-héroïque (qui n'est cependant pas entièrement dépourvue de défauts, nous y reviendrons), le film peine beaucoup plus quand il se penche sur la vie quotidienne de Peter Parker.

La faute, pour commencer, à des personnages bien trop peu développés : dans l'entourage de Peter, seul son meilleur ami Ned est vraiment mis en avant, et il reste malgré cela un simple sidekick comique. Passe encore que l'humour qu'il amène soit souvent assez lourd - après tout, c'est une question de goûts - mais, plus problématique, le personnage se révèle au final totalement inutile dans l'intrigue ; pire encore, il est plus un poids qu'autre chose pour le héros, que ce soit en tant que Peter Parker ou en tant que Spider Man : dur de comprendre à quoi tient leur amitié, si ce n'est "par défaut", parce qu'ils sont montrés comme les deux "parias" de la classe.

Les autres personnages de l'entourage de Peter restent, eux, très en retrait, et leur personnalité n'a jamais le temps de se développer vraiment : on ne se sent donc jamais concerné par son histoire d'amour naissante avec Liz, sa relation avec une tante May plus transparente que jamais, ou par les moqueries de Flash. On a parfois reproché à Sam Raimi d'avoir eu la main trop lourde pour montrer Peter Parker comme un jeune looser persécuté par ses camarades. Cependant, on pourrait se trouver faire le reproche inverse à "Homecoming" : mis à part les moqueries d'un flash, de toutes façons régulièrement remis à sa place par d'autres, Peter n'a pas l'air particulièrement mal dans sa peau. Certes, il a des difficultés à concilier sa vie en tant que Spider Man et en tant que Peter Parker. Néanmoins, ce sont finalement des problèmes plus liés à son identité secrète qu'à sa condition d'adolescent. Une belle occasion loupée pour développer le personnage, donc.

Le seul personnage autre que Peter à être vraiment développé dans "Homecoming", c'est son antagoniste, le Vautour, une qualité assez rare chez Marvel à qui on peut reprocher de proposer trop souvent des ennemis peu intéressants.  C'est un plaisir de voir Michael Keaton cabotiner, et ses motivations sont plutôt intéressantes : là ou la majorité des antagonistes Marvel est poussée par la vengeance ou par une envie de façonner le monde selon leurs idéaux, l'objectif principal du Vautour est simplement de faire vivre sa famille. Il réprimande d'ailleurs régulièrement ses complices quand ils se font trop remarquer, ou qu'ils font part de plans inutilement ambitieux. Ce qui le pousse à aller de plus en plus loin dans ses activités criminelles, c'est finalement l'intervention de Spider-Man, qui fait rater ses plans et l'oblige à une brutalité accrue. Un dilemme intéressant, hélas sous exploité dans la dernière partie du film.

Malgré tous ces gros défauts, cependant, le film fonctionne parfois, surtout dans sa deuxième partie. C'est très classique, entre découverte des "pouvoirs", premier affrontement contre un gros ennemi, et conflit entre vie privée et vie super-héroïque ; la recette demeure efficace, et on suit cela sans déplaisir, même si on peut parfois un peu regretter la légèreté du ton. Ce n'est pas inhabituel chez Marvel, dont on ne peut pas dire que les films soient très sombres, mais il arrive parfois (c'était aussi le cas dans "Ant-Man") que cette légèreté nuise à la force des enjeux du film.

On peut aussi déplorer un combat final recourant à de nombreux effets numériques pas forcément très réussis (ou du moins pas forcément très beaux), qui n'exploite qu'assez peu dans sa mise en scène tous les jeux de voltige que permettent les pouvoirs de Peter (ironique, dans la mesure où cette scène implique un avion et un Vautour !). Oubliable et divertissant à la fois au final.

Enfin, dernier problème qui risque de devenir récurrent dans le MCU : difficile de ne pas régulièrement se demander en regardant le film où sont passés les autres héros. C'est le problème d'avoir construit un tel multi-univers : il devient délicat de bâtir des films autonomes, puisqu'on en vient souvent à se demander où sont les autres héros, dans les moments où ils pourraient aider. "Homecoming", plus que tout autre film du MCU jusqu'à présent, est victime de cette problématique, ce qui n'est pas très rassurant en ce qui concerne la cohérence future de l'univers...

Au final, après que James Gunn ait réussi, avec "Les Gardiens de la Galaxie 2", à mettre en retrait les exigences du studio pour amener une dimension plus personnelle (il ne faisait pas du tout avancer le MCU, et Gunn a insufflé une mélancolie surprenante tout en poussant encore plus loin que dans le premier son humour pop-culture volontiers absurde), "Spiderman : Homecoming" se contente de respecter le cahier des charges Marvel, sans rien apporter de plus, et même avec une certaine maladresse.

La sévérité exprimée ici est surtout le signe d'un début de lassitude face à tous les films super-héroïques qui sortent depuis quelques années...
Auteur :Issam Salhi
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