31 octobre 2020
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Stalingrad : Un parfum de Cecil B.De Mille…

Le sujet traité ici, l'affrontement de deux snipers, a pour toile de fond un événement historique qui a rarement été évoqué au cinéma : La bataille de Stalingrad, ou le début du déclin de l'armée allemande. Cet affrontement majeur de la seconde guerre mondiale est parfaitement reconstitué. Il faut dire que Jean-Jacques Annaud, habitué aux gros budgets depuis « Sept ans au Tibet », semble être parfaitement à l'aise derrière la caméra et à même de réaliser un projet d'une telle envergure. A l'origine, il y a 15 ans, Sergio Leone était intéressé par un projet sur Leningrad, mais son décès nous aura privés de sa réalisation. Annaud lui fait d'ailleurs un petit clin d'œil lors d'une des dernières scènes du film. Ainsi, la réalisation est dynamique quand il le faut et plus apaisée quand le scénario le réclame.

Ce récit est servi par une distribution alléchante et largement compétente. Jude Law, qui interprète le personnage de Vassili, un tireur d'élite qui a vraiment existé et fait des ravages durant la seconde guerre mondiale, est impeccable de justesse dans son jeu. Son rôle lui permet de conforter le talent qu'il avait à peine exploité dans « Le talentueux M. Ripley ». Les autres interprètes ne sont pas en reste : l'acteur classique Joseph Fiennes qui commence à devenir plus fréquent à l'écran que son frère Ralph; une mention à Rachel Weisz, qui trouve ici un rôle dramatique à la mesure de son talent. Gageons qu'elle alternera des productions telles que « La momie » avec des sujets un peu plus graves comme « Stalingrad »; nous pouvons également noter la brève apparition de Ron Pearlman, fidèle à Jean-Jacques Annaud depuis « La guerre du feu ». Il ne semble trouver son bonheur d'acteur que grâce à des réalisateurs européens. Sans oublier Ed Harris, qui campe un gradé de la Wehrmacht troublant de sang froid. Il est impeccable, usant de son faciès morne mais qui en dit long.

La réalisation de Jean-Jacques Annaud est, quant à elle, parfaite. Les scènes du début du film vous feront évidemment penser à « Il faut sauver le soldat Ryan », à ceci près que « Stalingrad » n'est pas un film de guerre mais il a pour cadre le conflit. Malgré cela, Annaud tourne un peu en rond au bout d'un moment. La chasse que se mènent les deux tireurs d'élite tourne rapidement à la répétition. Les scénaristes ont beau apporter une romance, qui semble évidente dès les premières images du film, cela n'empêche pas cet effet navrant de répétition.

Ce film vous pose quand même quelques questions. Tout d'abord celle liée à la propagande, que ce soit dans n'importe quel camp. Le personnage de Vassili est montré en exemple, voire monté en épingle, afin de, comme le dit un personnage, « réveiller la mère Patrie ». Vassili, avec son nombre impressionnant d'officiers allemands abattus, tient du stakhanovisme, qui connut son heure de gloire en URSS quelques années plus tôt. Un autre fait marquant que montre ce film est le point de vue soviétique de la bataille. Peu de films, à part des réalisations russes, avaient montré cet aspect de la guerre. Ce peuple, qui a connu une véritable tragédie au début de cette bataille, a quand même réussi à contrer l'impitoyable machine de guerre allemande mais à quel prix...

Le dernier long métrage de Jean-Jacques Annaud a donc des parfums de Cecil B.De Mille ou de David Lean. Il est réjouissant de voir qu'un réalisateur français soit capable de s'atteler à un projet d'une telle envergure
Auteur :Pierre Godon
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