Critiques

Star Wars : Le Réveil de la Force : Le digne héritier

Aussi difficile que ce soit, oubliez la campagne tapageuse et le commerce débridé qui entourent la sortie d'un film aussi attendu par les uns que méprisé par d'autres car là n'est pas le propos. Demandons-nous plutôt si un film et ses codes, dont le premier volet fut offert aux yeux du public il y a près de quarante ans, sont encore pertinents aujourd'hui ? Une fois le film vu, les images digérées (en partie), l'émotion vécue, qu'en reste-t-il ? Non, qu'en restera-t-il serait une question plus juste.

Dans la continuité narrative de la saga, le film nous emmène trente cinq ans après la victoire de la République sur l'Empire dans un feu d'artifice galactique et des danses avec des peluches arboricoles. Loin de nous emmener au pays des ours gentils qui font des bisous partout, le spectacle est celui d'une galaxie en flammes où les Jedis ont disparu, les héros bossent comme épavistes pour survivre quand ils n'ont pas été enlevés dès leur plus jeune âge pour grossir les rangs du Premier Ordre. Je ne dévoilerai pas beaucoup plus d'éléments que ceux dévoilés ou suggérés par les bandes-annonces en vous disant qu'un des méchants est la progéniture de héros que l'on connaissait et il est carrément vicieux. Qu'est-ce qui a merdé pour en arriver là ? Qui est responsable ? Qui peut corriger le tir ?

Dans son ensemble, le film fait écho à la première trilogie et il est indéniable que la trame narrative est largement appuyée sur l'épisode IV "Un Nouvel Espoir" avec toutefois des différences significatives en particulier au niveau des personnages : le jeune apprenti est cette fois une jeune orpheline dure à cuire, un stormtrooper repenti et renégat, un pilote de chasse et même le méchant est intrigant par ses incertitudes et ses manquements. Le casting "historique" (Carrie Fisher, Harrison Ford, Peter Mayhew, Anthony Daniels, Mark Hamill), fait une entrée remarquée mais est clairement là pour passer le relais aux petits jeunes.

Grand retour de l'humour également, qui s'était inscrit aux abonnés absents sur l'ensemble de la prélogie (néologisme improbable pour désigner une série de trois films qu'on peut se dispenser de revoir sans que ça gêne la compréhension et surtout l'appréciation des autres films de la saga). Chutes retentissantes ou références plus subtiles, doit-on cela au retour de Lawrence Kasdan ("L'Empire Contre-Attaque", "Le Retour du Jedi") à l'écriture ? Toujours est-il qu'on retrouve l'esprit original de la saga, de même dans le choix de tourner une grosse partie des séquences dans des décors naturels avec des acteurs en chair et en os.

Sans conflit pas d'histoire à raconter, c'est aussi vrai pour "Star Wars" que pour "Waldo le Dino" et Disney en sait quelque chose ! Ces questions que l'ont peut poser au niveau du film font soudain écho à notre actualité, notre monde. Le Premier Ordre pourrait très bien s'appeler DAESH ou Boko Haram (je me souviens encore des éclats de rire quand Finn donne son matricule de soldat impérial commençant par FN), n'importe qui peut soudain s'identifier à ces parents dont l'enfant a rejoint le côté obscur de la Force. La question est posée de quel monde nous transmettrons à nos descendants. Les planètes parsemées d'épaves ou transformées en arme de destruction massive à la périphérie de la galaxie pendant que d'autres croulent sous la richesse et une nature opulente nous renvoient soudain aux disparités entre les nations. En cela, "Star Wars" reste fidèle à ses thématiques puisque depuis l'origine, le combat entre le côté obscur de la Force et la lumière était également celui de la matière et de l'esprit, et de l'équilibre nécessaire mais il prend ici une nouvelle perspective.

En s'interrogeant sur la transmission de cet héritage culturel à la prochaine génération, les producteurs ce sont aussi penchés sur la transmission global de notre patrimoine. Quelle planète va-t-on donner à nos enfants ou plutôt que va-t-on leur en laisser ? Cette question devient soudain fondamentale puisque les termes ont été réduits à leur forme économique la plus réduite (la transmission d'un capital) au profit d'une perception individualiste et consumériste de la société dans laquelle nous sommes tombés en moins d'un siècle !

Cela devrait nous obliger à poser le pied et nous demander si c'est vraiment un avantage quand on considère que l'humanité a fonctionné différemment pendant le reste de son existence, mais quel savoir aurons-nous à transmettre quand n'importe quel emploi aujourd'hui sera sans doute obsolète demain ? Quel foyer leur donner quand on ne possède déjà pas le sien ? Que nous reste-t-il à donner ? De quels choix dispose-t-on ?
Auteur :David Mauqui
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