30 octobre 2020
Critiques

Les Derniers Jedi : La semaine des quatre Jedi

"Les Derniers Jedi" signé Rian Johnson déclenche, depuis sa sortie, des réactions d'un extrémisme sans commune mesure avec celles que "Le Réveil De La Force" avait pu susciter à sa sortie. Certes, Internet, en particulier Twitter, sont des exhausteurs de passions et l'influence de "Star Wars" sur l'inconscient collectif rend cette franchise plus sujette que d'autres aux prises de position radicales. "Le Réveil De La Force" caressait les amateurs dans le sens du poil et c'est pourquoi, même s'il a été régulièrement descendu pour cette raison, ceux qui se sont érigés en gardiens du temple ne se sont pas tous mis à gueuler comme des putois au prétexte que ce qu'on leur avait servi ne correspondait pas totalement à ce qu'ils avaient imaginé.

Bien sûr, cette absence de prise de risques en a échaudé certains, mais les audaces de son successeur déclenchent l'ire d'encore plus de monde. Ce constat est assez révélateur de la grande difficulté face à laquelle peuvent se confronter les personnes chargées de perpétuer une franchise : qu'ils privilégient l'efficacité ou l'inventivité, ils se prendront toujours sur le coin du museau la colère d'une communauté de mordus qui sait se faire entendre. Dans le cas d'un "Star Wars", il est facile de se laisser aller à juger le film d'abord selon ce qu'on voudrait qu'il soit ou qu'il ne soit pas avant de le considérer pour ce qu'il est.


Episode Huître

"Les Derniers Jedi" est davantage un film d'auteur que "Le Réveil De La Force" puisque le réalisateur est également l'unique scénariste. Cette affirmation est renforcée par le fait que Looper, également écrit et réalisé par Rian Johnson, et "Les Derniers Jedi" partage une thématique, celle des rapports entre le passé, le présent et l'avenir. Ces relations entre les temps sont traitées au travers du discours global de ce film qui invite ses personnages, tout comme ses spectateurs, à ne pas trop se reposer sur ce qui a déjà été fait. Pour "Les Derniers Jedi", le passé ne doit pas être oublié. Toutefois, il est vital de savoir le dépasser voire d'être capable de rompre avec lui.

De nombreuses répliques constituent des incitations claires sans pour autant être explicites à oser aller de l'avant, à être lucide vis-à-vis de l'influence des idoles, à se fier aux nouveaux héros voire à oser s'imposer soi-même comme l'un d'entre eux sans reproduire ce qui existe déjà. Quand on invective cette mode du doudou qui a parfois tellement tendance à scléroser la culture populaire actuelle qu'on en oublie que la nostalgie est quelque chose qui ne date pas d'hier, on ne peut que saluer un tel propos global. Sur ce point, "Les Derniers Jedi" ne va pas toutefois pas au bout des choses (l'apprentissage de la culture Jedi est présenté comme quelque chose de nécessaire pour pouvoir en finir avec elle mais jamais on ne nous offre la possibilité de comprendre pourquoi) et va même une fois à l'encontre de ce qu'il dit. Ainsi, provoque-t-il déjà suffisamment la réflexion autour de l'iconoclasme.

Là où le long-métrage démontre également son intelligence est dans son rapport à la Force. Conscient de la fascination qui peut être exercée par ce concept universel, il lui offre une nouvelle perspective sans pour autant lui ôter le mystère nécessaire à son aura. Si on ne peut plus rien dire de nouveau ou continuer à réfléchir sur la Force, c'est sa puissance évocatrice qui s'évanouit. Il faut préserver l'impression qu'elle gardera toujours une part inconnue et "Les Derniers Jedi" réussit très bien cela en nous montrant que si on croyait tout savoir de La Force, on se fourrait le doigt dans l'œil jusqu'au coude de son voisin et tant pis si ça veut dire qu'elle fait le café ( a peut même remplacer Skype) !


Schnouffbacca

Toutefois, vous savez déjà que quand on n'a jamais travaillé avec plus de trente millions de dollars et qu'on doit bosser pour Disney sur la plus grosse super-production pétée de thunes de l'année, on va bien devoir accepter de faire certaines concessions et la principale (l'unique ?) se voit comme le nez de Gaston Lagaffe sur la figure d'un bébé. "Les Derniers Jedi" se pare de touches d'humour tellement typiques de l'Univers Cinématographique Marvel qu'on a du mal à croire qu'elles aient été voulues par Rian Johnson tant elles dénotent avec un état d'esprit globalement assez grave : c'est gratuit, ça n'apporte rien, ça essaie de désamorcer une tension dramatique qui n'avait pas besoin de l'être et c'est même parfois tellement déplacé qu'on se demande comment ça a pu ne pas être coupé au montage. L'exemple le plus parlant du problème lié à l'utilisation de l'humour dans "Les Derniers Jedi" est ce moment où, lors d'une session de Skype mental, Rey, bouleversée, demande à Kylo Ren, torse nu, de se rhabiller.

L'écriture, à l'image de ce qu'est un peu tout le film, n'est toutefois pas parfaite puisqu'elle a beau proposer beaucoup, elle se perd aussi beaucoup. On ne parle pas ici que du scénario, mais aussi du montage, étape considérée comme l'une des phases d'écriture au cinéma. À force de disséminer ses personnages entre de multiples sous-intrigues qui au final n'apportent rien plus aux enjeux globaux, "Les Derniers Jedi" se disperse et complexifie inutilement une histoire qui repose sur des bases simples.

Un peu comme c'était le cas sur "Rogue One", l'alternance entre les différents parcours est très maladroite puisqu'on a presque systématiquement l'impression d'avoir complètement oublié un personnage lorsqu'on le récupère enfin. Certains disparaissent complètement sans avoir connu une conclusion satisfaisante et définitive à leur parcours quand d'autres apparaissent comme des fleurs seulement pour quelques scènes avant de se faire évacuer aussi sèchement qu'ils avaient surgi à l'écran. En gros, rares sont les entrées ou sorties de personnages où on ne se dit pas « Attends mais ça peut pas se finir comme ça ! », « Quoi, c'est seulement maintenant qu'il arrive, lui ?! », « Hein, c'est déjà fini ?! », « Tiens, le voilà qui revient ! Mais au fait, il en était où la dernière fois qu'il était à l'écran ? », « Mais il était où pendant tout ce temps, lui ? ».

Ce manque de concentration alourdit particulièrement le rythme sur la première heure et demie en plus de faire ressortir l'inégale qualité des différentes sous-intrigues. Celle qui tourne autour de Rey, Luke et Kylo Ren sort du lot parce qu'elle se veut intime, tragique et même par moments lourde dans son atmosphère. C'est d'ailleurs celle qui semble le plus inspirer Rian Johnson tant elle concentre la plupart des fulgurances d'une mise en scène très riche. Regrettons que les deux autres quêtes qui forment "Les Derniers Jedi" ne soient pas à la hauteur.

Plus centrées sur les péripéties, elles manquent toutefois de cœur, d'enjeux et de contexte pour nous impliquer autant sur le plan émotionnel que le parcours de Rey. D'un côté, Poe se crêpe le chignon avec Leia et la vice-amirale Holdo (Laura Dern qui doit visiblement se rendre chez le même coiffeur que Leela de "Futurama") au sujet de la gestion des maquisards de l'espace mais ça ne mène au final à pas grand-chose. De l'autre, Finn va chercher avec une agente de manutention un moyen de pirater le Premier Ordre de l'intérieur. Ça donne lieu à un renouvellement de l'imagerie de la saga grâce à une station balnéaire du cosmos et des orphelins qui semblent sortir tout droit de Oliver Twist. Pourtant, il ne s'agit que d'une suite de péripéties assez superficielles. Hormis les références aux conséquences du commerce de guerre, le Premier Ordre n'est toujours rien de plus qu'un empire de méchants sans toile de fond.


Major Zabre Lazer

On va un peu arrêter de mettre en évidence les grosses faiblesses de ce huitième épisode parce que ce texte est censé pencher plutôt vers le positif. Cependant, si on a plus l'impression que c'est au mieux moyen, c'est parce qu'on a presque seulement parlé de la première heure trente du film. "Les Derniers Jedi" prend véritablement tout son sel au cours d'une dernière heure bonne voire même très bonne par moments. En début de métrage, Rian Johnson montrait par petites touches sa capacité à apporter quelque chose à l'action par la mise en semaine. Avez-vous déjà vu un X-Wing déraper très près de la caméra pour ensuite prendre ses adversaires par derrière (non, pas comme ça, bande de gros digoulasses !) ? Maintenant, oui. Pour son dernier acte, il parvient à conjuguer narration, enjeux, montage, composition des plans et direction artistique pour offrir un spectacle guerrier extrêmement intense où les sous-intrigues se recoupent efficacement et où le corps-à-corps se mélange très bien avec la pyrotechnie.

Cela commence dans un décor surréaliste déjà marquant avec un affrontement contre des gardes rouges et ça se conclut sur une planète de sel face à des AT-AT. Plus l'action avance, plus elle prend d'ampleur mais on retrouve à chaque fois des idées d'attaques (allumage rapide du sabre laser pour trouer la tête d'un adversaire qui nous maîtrise), des trouvailles de mise en scène (attaque kamikaze illustrée comme dans un anime japonais : noir et blanc, disparition presque totale de son jusqu'à la fin, trainées blanches semblables à celles représentant le mouvement d'un sabre), des plans iconiques (un humain de dos seul face aux gigantesques AT-AT) et des moyens détournés d'être violent, mais de rester tout public (les trainées rouges produites par le contact avec le sol de la planète de sel).

Difficile de classer pour le moment un épisode de la postlogie par rapport à l'autre. Néanmoins, l'auteur de ces lignes avoue avoir une légère, mais sûre préférence, pour le long-métrage qui nous intéresse ici et il reconnaît tout de même que ce que "Les Derniers Jedi" gagne finalement en inventivité tout en ne compensant que très légèrement ce qu'il perd en efficacité par rapport au "Réveil De La Force".

Auteur :Rayane Mezioud
Tous nos contenus sur "Star Wars - Les Derniers Jedi" Toutes les critiques de "Rayane Mezioud"

ça peut vous interesser

Mulan arrive : Le 19 Août

Rédaction

Concours : L’Ascension de Skywalker

Rédaction

Artemis Fowl arrive !

Rédaction