13 novembre 2019
Critiques

Star Wars – Les Derniers Jedi : Le coté obscur s’impose un peu plus

Etre face à un film de la saga "Star Wars" en 2017 quand on est fan de la saga, ce n'est pas si facile que ça. Tiraillé entre les attentes, le plaisir de retrouver son univers préféré et inquiet de la façon dont les réalisateurs qui se succèdent l'exploitent. Après un épisode 7, un réveil signé J.J Abrams qui a su accomplir sa mission (remporter l'adhésion de la majorité des fans sans prendre de risque), voilà un nouvel opus signé Rian Johnson.


L'une des caractéristiques du réalisateur de "Looper", c'est son audace pour ne pas dire son ambition. Proposer 2h30 d'un récit qui se déroule sur trois trajectoires narratives, c'est ambitieux. Rey, Finn et Poe, les trois personnages principaux qui ont été présentés dans l'épisode précédent, vont vivre des aventures chacun de leur coté. Aventures qu'ils partageront avec Kylo Ren, le Général Leia, Luke Skywalker, Snoke et d'autres. Comprenez que le récit de ce "Star Wars : Les Derniers Jedi" est riche. Sans être le plus complexe, il est peut être le plus riche de la saga. Une preuve de l'ambition du long métrage.


La Force est du coté de ce deuxième volet de cette troisième trilogie. "Star Wars 8" est un bon divertissement. L'ambition du cinéaste américain tient la route. L'action et l'humour sont au rendez vous durant la grande majorité du long métrage, voilà qui devrait lui permettre de trouver un large public. Le cahier des charges de Disney est respecté. Mais cela s'est fait en sacrifiant l'évolution des personnages. Il faut dire qu'il y en a beaucoup mais les quatre principaux ont un traitement inégal.


Souvenez vous de Finn, le soldat du premier ordre qui cherche d'abord à fuir pour finalement rejoindre les rebelles en suivant Rey. Est il devenu un membre essentiel des rebelles vu ses connaissances de l'ennemi ? Eh bien non, c'est un personnage qui cherche toujours après son amie et qui s'en fait une autre dans l'aventure. Une scène montrant Rey face à cette nouvelle amitié résume malheureusement un traitement quelque peu léger réservé à Finn.


Comme le laissez présager la fin de l'épisode 7, Rey retrouve Luke Skywalker. Pour ceux qui ont vu la bande-annonce, cet épisode annonçait un tiraillement chez la jeune femme. Ce dernier s'efface rapidement pour se focaliser sur sa relation avec Kylo Ren. Cette relation est sans doute la meilleure idée du long métrage. Dommage néanmoins que le traitement du petit fils de Darth Vador soit traité avec facilité. Son évolution pour le moins rapide ne fait pas sens dans le déroulé du récit, mais il permet à celui ci d'offrir un rebondissement. Il est donc difficile de rentrer dans les détails sans spoiler. Le fils de Han Solo veut se débarrasser des anciens, donc des maitres, mais ne parvient pourtant pas à faire face à un Jedi à peine formé. Etrange. 


Kylo Ren et Finn sont donc des exemples types d'un récit dont la profondeur est sacrifiée au profit d'un rebondissement ou d'une situation à l'action prédominante. Si c'est efficace et divertissant, une obligation pour un film de cette durée, ils amènent le film sur les chemins d'un bon divertissement façon Disney. Il suffit de constater la présence de plus en plus importante des touches d'humour pour comprendre que le traitement de "Star Wars" se rapproche sur certains aspects du traitement des films Marvel. Un bon point pour certains, un mauvais signe pour d'autres, l'humour dans "Les Derniers Jedi" peut à la fois tomber juste comme paraitre excessif. C'est autant un atout qu'un inconvénient. 


Il n'est pourtant pas question de cracher dans la soupe de Disney. Il ne s'agit pas de remettre sur la table l'influence de la major sur LucasFilms. Cette alliance est une force. Il ne faut pas oublier que la saga est née dans la difficulté et qu'aujourd'hui elle a la plus grosse major américaine qui lui apporte ses moyens. Or c'est justement l'utilisation de ces moyens qui sont quelques peu décevants. Après tout, "Star Wars 8" semble se contenter de proposer un divertissement de bonne facture pour capitaliser sur un patrimoine là il pourrait, au vu des moyens engagés, enrichir ce patrimoine.


Il y a deux ans déjà, J.J Abrams a réalisé son film à base de références sans prendre de risque pour contenter presque tout le monde. Compréhensible vu la pression. Rian Johnson, lui, les utilisent sans en abuser. Toutefois, la saga "Star Wars" ce n'est pas qu'un catalogue de références. Ce sont des films dont la dimension scénaristique, la puissance cinématographique ont construit l'empreinte de la saga. C'est cette empreinte qui manque à cet épisode huit, celle d'un film à la hauteur du mythe. Le potentiel est pourtant là. La séquence d'intro avec la tension d'une situation où il y a l'idée du sacrifice pour une grande cause est un exemple de ce potentiel. Le traitement du personnage de Luke Skywalker en est un autre, après tout c'est un des personnages mythiques. Néanmoins, c'est surtout la dernière partie du film, dans le dernier « décor » qui apporte clairement un peu de sel cinématographique. L'esthétique est bien plus stylé que dans le reste du film, la tension dramatique est prédominante et il y a des scènes qui peuvent (enfin) vous procurer des frissons. Le divertissement s'éloigne quelque peu pour proposer du Cinéma.


Voilà qui fait de ce "Star Wars : Les Derniers Jedi" un bon film divertissant, mais un film qui est avant tout un blockbuster de qualité sans être un space opéra cinématographique qui contribue au mythe de la saga. Là où, par exemple, "Spectre" de Sam Mendes fut un film augmentant l'aura de l'oeuvre de Ian Flemming et des adaptations de James Bond, George Lucas n'a le droit, pour le moment, qu'à des films qui ne font que se reposer sur son travail.

Auteur :François Bour
Tous nos contenus sur "Star Wars - Les Derniers Jedi" Toutes les critiques de "François Bour"

ça peut vous interesser

Le retour d’Angelina Jolie en Maléfique

Rédaction

Concours Bluray : Les Nouveaux Héros

Rédaction

Concours DVD : Avengers Endgame

Rédaction