16 octobre 2021
Critiques

Stillwater : Des apparences parfois trompeuses

Par Alexa Bouhelier Ruelle

"Stillwater" est une nouvelle entrée dans la filmographie de Tom McCarthy. Après son Oscar pour "Spotlight", le réalisateur présente bel et bien deux films en un. "Stillwater" débute avec un père en mission, puis dérive vers un drame relationnel et fait un tour sur lui-même pour revenir au point de départ.

Le scénario, que McCarthy a co-écrit avec Thomas Bidegain, Marcus Hinchey, et Noe Debre, s’inspire très librement de l’histoire d’Amanda Knox. Une étudiante américaine mise en prison en 2007 pour avoir tué sa colocataire en Italie. Huit ans plus tard, Knox a été acquittée. "Stillwater" apparait comme une étude de personnages en mode dans un thriller. Pour ceux qui s’attendent à ce que Matt Damon sorte sa fille de prison, vous allez être déçu(e)s. Car notre personnage principal, Bill, passe le plus clair de son temps à rejouer des scènes de « Eat, Pray, Love » dans la seconde plus grande ville de France. Avec sa nouvelle acolyte et traductrice, Virginie, sous les traits de la brillante Camille Cottin qui, ici, échange son personnage comique pour un touché tout en finesse.

A l’Américaine
En dessous de sa casquette de baseball, de sa barbiche grisonnante, de sa ribambelle de chemises à carreaux et de ses réponses bien trop polies, se cache une complexité attachante derrière le personnage de Bill. Oui, il écoute de la country old-school et conduit un pick-up de petit boulot en petit boulot. Il ne manque pas non plus de prier avant chaque repas. Mais, au-delà de tous ces stéréotypes, il y a quelque chose de beaucoup plus intéressant et plein de contradictions. Matt Damon apporte de la subtilité à son personnage et un charisme fin. Tout particulièrement quand les premières fissures apparaissent. Cette vulnérabilité inattendue et même de l’espoir sur sa route vers la rédemption.

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Un thriller qui n’en est pas un

A la fin du second acte, "Stillwater" passe la cinquième. C’est aussi à ce moment précis que le personnage de Bill commence à se dévoiler un peu plus. Il trouve de nouvelles marques en vivant avec Virginie et sa fille, Maya, un nouveau rythme de vie. Une dynamique différente se met alors en place alors que Bill l’Américain essaie de trouver un terrain d’entente avec l’artiste française. Matt Damon est ici soutenu par une excellente Camille Cottin et la douce Lilou Siauvaud. Une association qui crée un sentiment de chaleur et une alchimie tendre rendant ce trio convaincant (même si c’est aussi très utile pour le scénario). Le thème de seconde chance pour Bill n’est qu’un parmi tant d’autres. 

Cependant, "Stillwater" devient petit à petit un film un peu plus procédurier. Très proche de ce que le réalisateur avait mis en place avec "Spotlight". Bill frappe aux portes. ll suit des pistes, chaotiques parfois, pour se retrouver en face de personnes dont il ne parle pas la langue et qui sont plus ou moins disposées à l’aider. Dans cette veine, les thèmes de la tension raciale et des disparités socio-économiques sont aussi abordés tant aux États-Unis qu’en France.

Tout le génie de McCarthy réside dans sa manière de rétropédaler sur ces premières impressions avec chacun de ses personnages. Ceci pour arriver au plus profond d’eux-mêmes et trouver ce qui les rend réellement complexes. "Stillwater" en est le parfait exemple : vendre un thriller criminel international et puis nous offrir le portrait d’un homme qui essaie de se racheter. La morale serait dans ce précis, non pas la rédemption, mais comment aller de l’avant et apprendre à vivre avec ses erreurs passées. Malheureusement, le rythme du film laisse un peu à désirer avec une bonne demi-heure en trop.

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