Critiques

Sully : Tout ça à cause de ces crétins de piafs

"Sully" ne cherche jamais à impressionner le spectateur ou à se poser ostentatoirement en oeuvre immédiatement marquante. Comme en témoigne la courte durée du long-métrage, 1 H 28 seulement alors que la plupart des productions hollywoodiennes semblent croire aveuglément qu'elles ont besoin de dépasser les 2 H 10 pour être de bonne qualité, Clint Eastwood et son équipe, menée par Tom Hanks dans le rôle-titre et Todd Komarnicki au scénario, ont dégraissé le plus possible cette adaptation cinématographique du miracle de l'Hudson. C'est de cette volonté d'aller à l'essentiel qui permet à la dernière réalisation d'Eastwood d'être une réussite mais c'est aussi elle qui l'empêche d'être plus qu'un bon film.

A l'image de son personnage éponyme, "Sully" est tout en retenue. Humble et professionnel, le film s'adapte à la personnalité de celui autour duquel il se centre. Au lieu de plonger dans un sensationnalisme facile et de chercher à tout prix à émouvoir son audience, la mise en scène et l'écriture se montrent plus subtiles et complexes puisqu'elles sont totalement conscientes qu'on prendra très facilement parti pour le capitaine Chesley Sullenberger et Jeff Skiles, son co-pilote incarné par un Aaron Eckhart suffisamment doué pour nous faire oublier que la moustache ne lui sied guère. Il suffit donc de laisser les différents points de vue s'exprimer, du citoyen ordinaire qui sera inspiré par les faits qui lui ont été relatés dans les médias au passager reconnaissant envers ses sauveurs en passant par des commissions d'enquête au raisonnement mécanique et les principaux acteurs des faits, et de laisser les spectateurs se faire l'opinion la plus objective possible. A ce titre, la construction narrative, démarrant après les événements plutôt que d'en faire son point de départ, évite la facilité et nous confronte directement à ce qui intéresse Eastwood, l'analyse de ses compatriotes et des institutions américaines.

Alors que l'Homme de la rue en fait le héros qui lui a apporté un peu d'espoir dans un contexte bien morose, les commissions d'enquête, ne parvenant pas à expliquer pourquoi ce qui est arrivé est arrivé, vont chercher à prouver que la défaillance avait forcément une origine humaine puisque les simulations ne révélaient aucun problème technique et font la sourde oreille à chaque fois que Sully et Skiles leur expliquent que le deuxième moteur avait lâché. L'absurdité de l'administration atteindra son paroxysme lors de la dernière commission où on préférera s'enfiler des simulations peu convaincantes et dont on peut tirer les conclusions que l'on veut plutôt que de directement écouter la boîte noire.

Sous la pression perverse d'organisations cyniques et préférant voire la composante humaine comme un problème avant d'être un atout en situation de crise, "Sully" nous révèle, au cours de séquences cauchemardesques tétanisantes d'un avion s'écrasant au milieu des immeubles, les doutes causés en grande partie par les interrogatoires qu'il subit. Eastwood illustre ce qui est arrivé de manière moins impressionnante qu'il ne filme ce qui aurait pu arriver comme pour montrer que, même lorsqu'une catastrophe est évitée, ses contemporains préfèrent se complaire dans un désespoir factice, monté de toutes pièces.

Paradoxalement, cette finesse d'écriture empêche le film d'être visuellement marquant. Concrètement, le fond empêche la forme d'être plus qu'un travail fonctionnel et propre. De plus, on ne peut pas s'empêcher de remettre un peu en cause une fiction qui montre l'incapacité des simulations à reproduire la réalité mais le long-métrage fait toujours preuve de suffisamment d'humilité pour montrer qu'il est conscient de son statut.

Sans un être un grand film, "Sully" est un hommage très subtil et humble à un héroïsme ordinaire qui ne scintille pas de mille feux mais réside dans la compétence et le professionnalisme d'un personnage principal campé avec un grand naturel par Tom Hanks.
Auteur :Rayane Mezioud
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