21 octobre 2019
Archives Critiques

Sur le bout des doigts : Critique n° 2

Musique au coeur...   

Des quatre films de l'ancien chef opérateur Yves Angelo, on retient ce goût pour le drame intimiste, pour les affrontements névrotiques entre deux individus. C'était déjà le cas dans son premier film, Le colonel Chabert (1994) et plus encore dans son troisième Voleur de vie (1998).

Ce troisième film justement était inspiré du roman d'un danois et présentait trois portraits de femmes enfermées dans l'incommunicabilité, la frustration et la nostalgie de l'enfance...L'influence de Bergman était indéniable et se trouve concrétisée avec ce quatrième film, Sur le bout des doigts.  

Juliette et Julie. Un couple de femmes qui fonctionne en vase clos. La mère et la fille comme un homme et sa femme. Un vrai couple qui passe par l'amour et la haine, la frustration de l'un privant l'autre de sa liberté. Juliette (Marina Hands) n'est jamais devenue la grande pianiste qu'elle rêvait d'être et a reporté toute son ambition sur sa fille, Julie (Anne-Sophie Latour).

Juliette a toujours rêvé sa vie, se réfugiant dans l'imaginaire et le mensonge. Julie joue du piano pour faire plaisir à sa mère. La musique est le lien (le cordon ombilical pourrait-on dire...), l'unique dialogue possible. Comme un mari jaloux, Juliette séquestre quasiment sa fille et l'oblige à jouer tous les jours, la privant au passage d'une scolarité normale. « C'est pour toi que je joue... » répète la fille. Lorsqu'elle jouera enfin pour elle, elle sera sauvée, maître d'elle même.

Ce film aurait pu s'appeler Voleuse de vie car l'obsession de la mère l'a conduit au bord de la folie et empêche sa fille de vivre normalement.  Avec une grande économie de moyens, le réalisateur a parfaitement rendu palpable ce sentiment d'isolement et d'étouffement dans lequel sombre peu à peu la mère. Le film parvient même à devenir vraiment angoissant lorsque Juliette en vient à jalouser le talent de pianiste de sa fille.

Dans une scène terrible, Julie se trouve en haut d'une falaise. Sur le visage de la mère se lit l'horreur, l'envie de pousser sa fille, cette virtuose qu'elle ne pourra jamais être. Angelo ne montre pas la suite. Au plan suivant, la mère est au volant de sa voiture, Angelo ne cadre qu'elle. Le doute s'installe chez le spectateur: l'aurait-elle tué ?

Dans le déroulement plat et conventionnel de l'intrigue (et ce malgré l'utilisation du flash-back parfois trop insistant et explicatif...), c'est grâce à ce genre de scène que le film prend tout son intérêt et grâce aussi à l'interprétation magnifique des deux comédiennes.

La caméra d'Angelo filme au plus près du grain de la peau, rendant les silences éloquents, les regards explicites. Angelo a presque réussi son film de chambre mais n'est pas Bergman qui veut, il lui manque encore le lyrisme. Voleur de vie était trop froid et distant pour nous toucher réellement. Sur le bout des doigts l'est un peu moins.

Quand Angelo se sera enfin débarrassé de la figure envahissante de Bergman, il osera enfin être lui-même comme Julie dans son film et réalisera non plus des films attachants mais des oeuvres vraiment singulières qui emportent totalement l'adhésion.

Sur le bout des doigts reste néanmoins une belle promesse, un beau film douloureux et envoûtant.

Auteur :Christophe Roussel
Tous nos contenus sur "Sur le bout des doigts" Toutes les critiques de "Christophe Roussel"

ça peut vous interesser

Rupert Everett dans la peau d’Oscar Wilde

Rédaction

Lukas : Quoi ma gueule, qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?!

Rédaction

Lukas : Van Damme est grand !

Rédaction