25 juillet 2021
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Sur Mes Lèvres : La critique du film

En sept ans, Jacques Audiard n'a réalisé que trois films. Une preuve que loin de la boulimie de réalisation dont font souvent preuve certains cinéastes, un peu de recul et de réflexion peuvent s'avérer utiles. "Regarde les hommes tomber" en 1994 et "Un héros très discret" en 1996 l'avaient désigné comme un réalisateur à suivre. Avec "Sur mes lèvres", il confirme le bien qu'on pensait de sa mise en scène. Lui qui avoue ne pas faire du cinéma d'abord pour "se faire plaisir" mais parce qu'il a des choses à dire et à montrer, signe donc une troisième oeuvre écrite intelligente et maîtrisée.

Par petites touches ("Sur mes lèvres" est constitué d'une multitudes de courtes séquences) Jacques Audiard, secondé de Tonino Benacquista à l'écriture, fait vivre son film pour et par ses personnages. Des personnages qui évoluent et font évoluer l'ensemble de belle façon. Après une première partie autour du travail de Paul et Carla, le film bascule dans une deuxième dans une ambiance de polar un peu farcesque. Sous la caméra de Jacques Audiard, habile maître d'oeuvre de cet édifice à l'équilibre aussi réussi qu'il est fragile, Emmanuelle Devos et Vincent Cassel révèlent quelques talents insoupçonnés. Emmanuelle Devos y confirme un talent affûté chez Arnaud Desplechin, sur les planches ou le petit écran; quant à Vincent Cassel, séparé de sa clique d'amis, il compose un personnage profond débarrassé de tout ses habituels tics.

Un film qui tient à ses personnages bien écrits et bien joués mais aussi à la mise en scène très effacée mais toujours porteuse du regard de Jacques Audiard. Carla et Paul évoluent, c'est cela qui fait la richesse de "Sur mes lèvres", parce ces personnages agissent et réagissent loin des pantins interchangeables qui remplissent ordinairement les films. Les mots ne comptent que peu, ne révèlent pas grand-chose, le changement est d'abord à percevoir à travers les corps. Des corps que le réalisateur film à juste distance, sans brusquerie mais sans concession non plus. L'équilibre incertain entre les genres - ni tout à fait une chronique humaine, ni tout à fait un petit polar - et entre les histoires joue aussi pour beaucoup dans la réussite du film. Une production qui confirme non seulement les qualités de Jacques Audiard mais également celles de Vincent Cassel et d'Emmanuelle Devos.

Auteur :Guillaume BranquartTous nos contenus sur "Sur Mes Lèvres" Toutes les critiques de "Guillaume Branquart"

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