Critiques

Suzanna Andlers : Du pathos lent-goureux

Par Clara Laine

Assistant de Marguerite Duras en 1977, Benoit Jacquot retrouve la femme de lettre pour adapter la pièce de théâtre Suzanna Andler écrite en 1968. Une adaptation portée par un casting de qualité mais. qui n'évite pas quelques clichés.

Sans Charlotte Gainsbourg et sans la réalisation de qualité qu'il faut concéder à Benoît Jacquot, ce drame ne serait ni plus ni moins que du théâtre filmé. Des dialogues certes bien écrits quoiqu'un brin répétitifs, une construction en quatre actes qui manque cruellement de dynamisme, un huis-clos rapidement lassant, quatre acteurs aux performances inégales... Vous l'aurez compris : "Suzanna Andler" n'est pas un coup de cœur, loin de là. 


Charlotte Gainsbourg magistrale...
Le synopsis laisse à penser que le film sera une ode à la complexité de l'amour : c'est finalement d'avantage des élucubrations autocentrées sans fin, tantôt insupportables, tantôt prenantes. En une heure trente, Benoît Jacquot n'a pas daigné nous offrir la moindre action... Il a préféré multiplier les gros plans qui mettent en valeur l'interprétation (magistrale, il faut bien le dire) de Charlotte Gainsbourg et enchaîner les dialogues pompeux, quitte à perdre le spectateur en chemin.

J'avoue avoir un peu de mal à saisir la démarche artistique derrière cette adaptation de Marguerite Duras : bien qu'il soit évident que le septième art permette de saisir l'émotionnel sous un angle que la scène n'a pas la possibilité de retransmettre, cette seule plus-value ne suffit pas à justifier un film entier, d'autant plus lorsque ce dernier tend vers le politiquement correct complaisant.

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Niels Schneider et Charlotte Gainsbourg - Copyright Les Films du Losange
Les clichés se multiplient : une femme de milliardaire qui visite une villa sur la Côte d'Azur et son amant de quinze ans son cadet qui la rejoint, jeune, beau, visiblement très amoureux d'elle, même si il s'en défend dès les premières minutes du film. Le reste des personnages n'est guère plus original : un mari coureur de jupons dont on entendra uniquement la voix grave au téléphone et une amie un peu simple d'esprit qui manque singulièrement de discernement. Heureusement que le casting n'est pas mauvais... Niels Schneider, quoiqu'un peu fade, confère un charme largement bienvenu à Michel et Julia Roy propose une Monique globalement convaincante.


...mais un spectateur sur la touche
Disons que leurs performances ne marqueront pas les esprits mais qu'il faudrait être de mauvaise foi pour leur imputer la vacuité de ce long-métrage. Bien évidemment, ce n'est pas non plus du côté des talents d'actrice de Charlotte Gainsbourg qu'il faut chercher la raison de la faiblesse scénaristique de "Suzanna Andler" : comme mentionné plus haut, elle porte le personnage admirablement et réussit à donner un certain charme à cette quarantenaire totalement déconnectée des réalités qui adore discourir sur ses idées noires, quitte à sombrer dans le pathos. Dernière incompréhension notable : le choix de l'époque. Pourquoi donc placer l'intrigue dans les années 60 ? Hormis le téléphone vintage, ce parti pris semble un peu facile et surtout, totalement gratuit. Laisser un flou sur le cadre spatio-temporel aurait été selon moi bien plus percutant au vu des thèmes abordés.

Pour conclure, Suzanna Andler est un drame qui se laisse regarder : on retiendra de cette œuvre de Benoît Jacquot quelques jolies répliques mais surtout un rythme très inégal et une fâcheuse tendance à se complaire dans des préoccupations qui laissent le spectateur sur la touche. À moins d'être un.e grand.e fan de Charlotte Gainsbourg, passez votre chemin !

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