20 novembre 2019
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Sweet Sixteen : La critique

Dans "Sweet Sixteen", nous sommes dans une banlieue d'Écosse rongée par la grisaille et le béton, les enfants ont appris à grandir trop vite et à s'accoutumer aux cicatrices qui s'accrochent à leur corps et à leur tête. Liam est déjà vieux. À peine seize ans et déjà, il s'est taillé un chemin dans la vie.

À coup de clopes vendues à l'arrache et de petits deals de misère, il se rêve en refondateur de famille. Les repères essentiels se sont fait la malle : beau père dealer et violent,  grand père disjoncté, mère en prison, père absent.

Le manque a fait barrage à la raison et Liam est pris au piège de ses sentiments. Il se shoote férocement avec l'espoir qu'au retour de sa mère, son existence reprendra là où elle s'est arrêtée. Elle viendra habiter avec lui, reprendra son rôle et le petit garçon égaré pourra renaître.

Pour que le désir devienne réalité, il n'hésite pas, au fur et à mesure du récit, à s'embarquer dans des combines de plus en plus louches, quite à se mettre du sang sur les mains et à y laisser des plumes. Vendre de la drogue, encore et encore, pour mettre sa mère en lieu sûr et assurer son avenir.

Rêve obsessionnel que rien ne peut venir freiner, ni son meilleur pote, Pinball, qui se dresse contre lui par vengeance, ni sa soeur, Chantelle, qui s'est stoppée dans cette course bien avant lui. Liam est seul, à contre-courant de ce que lui souffle son entourage et cet entêtement désespéré suscite l'admiration autant que l'effroi chez le spectateur. On aimerait croire aussi que ce n'est pas perdu d'avance et que le plus beau reste à venir...

Ken Loach, comme à son habitude, reste à l'écart de son sujet. Il ne s'approprie jamais le regard de ses personnages, leur procure une apparente totale liberté de mouvements, échappant ainsi aux artifices qui cloisonnent le spectateur et lui dictent les émotions à ressentir.

Un style parfaitement épuré, un scénario d'une richesse inouïe, des acteurs bouleversants (Martin Compston dans le rôle de Liam est à tomber par terre), autant d'éléments qui permettent au réalisateur de signer ici l'une de ses plus belles oeuvres.

P.S:  il est à signaler que ce film a fait l'objet d¹une interdiction au moins de 18 ans en Grande Bretagne où se terrent de nombreux puritains attardés (nul n'est prophète en son pays !). Je vous laisse juges de la légitimité de cette censure. Cause avancée par les autorités : trop de "fuck" y sont répertoriés...

Auteure :Caroline CranskensTous nos contenus sur "Sweet Sixteen" Toutes les critiques de "Caroline Cranskens"

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