13 novembre 2019
Archives Critiques

Swimming Pool : Fascinant et déroutant

"8 femmes" se déroulait dans les années 50, "Gouttes d'eau sur pierres brûlantes" dans les années 70, "Sous le sable" il y a quelques années.

"Swimming pool", film intemporel et pourtant contemporain, aurait pu se dérouler dans chacune de ces périodes, dans lesquelles on imagine volontiers évoluer cette romancière vieillotte, cette jeune femme sensuelle et les hommes qui les entourent. Il est vrai que François Ozon, en fin cinéphile, explore à merveille les divers genres et époques du 7ème Art et les intègre subtilement dans un cinéma qui lui est propre.

Désormais reconnu, François Ozon fait partie en effet des grands réalisateurs français qui suscitent le respect et l'adhésion d'un large public malgré un style, ou en tout cas un ton peu académique. Fidèle à lui-même, Ozon se replonge dans l'univers fascinant du désir et du mensonge, du fantasme et de la réalité, de la création et de la manipulation. Un domaine du secret où se nouent et se dénouent des relations ambiguës, où l'envie, la luxure et la perversité aboutissent finalement à la découverte de soi, quelque en soit le prix à payer.

Ce qui est formidable, c'est qu'il suffit à ce jeune réalisateur trois lieux (la maison d'édition, un village et la villa qui accueille la piscine), quelques plans biens sentis (une vue surplombante, des reflets, des portes, des fenêtres, des corps tronqués et mille autres détails anonymes qui participent au mystère), et quelques regards pour installer un solide drame psychologique ainsi qu'une tension à toute épreuve.

N'entendez pas par là un thriller angoissant ou une énigme policière comme le suggèrent ses faux airs britishs à la Agatha Christie. Non, plutôt quelque chose de plus profond, qui réunit les deux personnages dans une relation à la fois posée et violente, à la fois sournoise et frontale. Bref, un huis clos pour deux femmes parfaitement huilé.

A propos d'huile, et par association d'idées, revenons à la créature qui se dore sur les bords de cette fameuse piscine, lieu du crime (de vertu ? de sang ?) par excellence. Ludivine Sagnier (Julie) dorée comme un beignet, à croquer, se baignait… Les personnes qui, comme moi, sont particulièrement sensibles au charme de cette nouvelle nymphe du cinéma français risquent de nager dans le bonheur, ou d'être submergé par un trouble aussi bien esthétique que psychologique.

Sous ses aspects de jeune fille de son temps, d'allumeuse voire de pouf, Julie la sensuelle, Julie la dévergondée cache en effet des secrets douloureux et une personnalité plus subtile qu'on ne l'imagine. C'est pourquoi ce personnage, mélange cérébral et esthétique, tient si bien tête au personnage principal qu'est Sarah Morton, interprété par une Charlotte Rampling époustouflante.

Ozon a le don de pousser ses actrices, même les plus renommées, là où personne, pas mêmes elles, ne s'y attendrait. Ainsi, l'on assiste à cette tempête intérieure qui ravage l'existence de cet écrivain poussiéreux aux allures de vieille fille, qui voit l'incarnation de ce qu'elle n'est pas, ou n'est plus, se pavaner devant ses yeux. Est-elle jalouse, frustrée ou attirée par Julie ? Se retrouve-t-elle en elle ? Et surtout, en quoi cette intrusion va-t-elle bouleverser son rapport à l'écriture ?

L'élaboration du film et du livre se veulent d'ailleurs proches. Plusieurs pistes sont suivies et finissent par se brouiller, sans jamais semer de confusion désagréable. Au contraire, le tout se suit avec un plaisir certain, jusqu'à la fin, pour le moins troublante et totalement ouverte.

Comme souvent, Ozon, par l'élégance et la sobriété de sa mise en scène, se prend à jouer tant avec ses personnages qu'avec le spectateur, et démontre une fois de plus que son cinéma dérangeant et provocateur procure aussi bien le plaisir des sens que le plaisir cérébral.

"Swimming pool", un grand Ozon !

Auteur :Alessandro Di Giuseppe

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