Critiques

Sibyl : Se refaire une virginité

SIBYL

La critique du film

Par Rayane Mezioud


Difficile de croire, il y a à peine une quinzaine d’années, que Virginie Efira serait tenue en « si haute » estime dans les cercles culturels.

Certes, il n’y a rien de révolutionnaire à voir une personnalité du divertissement télévisuel se lancer sur grand écran après avoir construit une image sur le petit. Une image généralement indissociable d’une apparence physique qui vient souvent à tort passer avant tout le reste.

D’autres qu’elles ont réussi grâce au cinéma à s’émanciper de ce stéréotype de belle pépé avant tout là pour donner une apparence agréable à l’assaut lancé sur le temps de cerveau reptilien disponible (Louise Bourgoin et d’autres fausses potiches de Canal+ en tête). Toutefois, la présentatrice de l’un des plus gros télé-crochets de la décennie précédente présentait déjà un pouvoir d’attraction au-delà de son incontestable beauté.

Sa bouille ronde, son ton enjoué, mais toujours professionnel, et sa voix douce, mais légèrement grave avec un accent belge pondéré, lui donnaient un capital sympathie immédiat et un air sincèrement chaleureux. Elle pourrait très bien s’élever vers les cimes du mannequinat. Cependant, on sent qu’elle préférerait garder les pieds sur terre et juste passer pour la bonne copine.

Plutôt rapidement, mûrement réfléchis et variés (malgré une première expérience en tant que comédienne de doublage sur "Garfield"), ses choix de carrière d’actrice suivent depuis peu de temps une nouvelle orientation plus teintée de gravité et capable de concilier cinéma populaire et prestige culturel : "Victoria", "Le Grand Bain", "Un Amour Impossible", etc. et aujourd’hui "Sibyl" où elle retrouve Justine Triet.

Il n’est pas nécessaire d’avoir vu ou apprécié "Victoria" pour se rendre compte (avec ce drame sur une psy faisant une pause dans sa carrière pour se remettre à l’écriture, mais en faisant une exception pour soigner une actrice en détresse émotionnelle) que la collaboration précédente a dû se passer à merveille tant Virginie Efira apparaît au travers de l’œil de la réalisatrice indispensable au projet.

La nécessité de Virginie Efira en tant que guide et muse semble éclater lorsque sa patiente la fait venir sur le tournage de son dernier film. Elle se retrouve à remplacer chaque personnage secondaire faisant aveu d’échec quant à sa capacité psychologique à faire sa part du boulot. Justine Triet semble, à chaque plan, l’envisager comme un objet de cinéma à part entière qu’elle doit capter dans tous ses états.

Conjugué à la nature du film, et à tout ce que vont traverser ses personnages, cet objectif aurait pu condamner "Sibyl" au ridicule. Pourtant, l’actrice et la réalisatrice communient et échangent des bons procédés selon un tempo précis et professionnel. Le tout sans jamais tomber dans une rigueur déshumanisée qui annihilerait l’implication émotionnelle du spectateur.

"Sibyl" en deviendrait presque le modèle d’un genre nouveau qui se définirait à l’aune de son actrice principale tant celle-ci livre une performance infaillible et déterminante au-delà des autres composantes du film.

Une fois le cas Virginie Efira examiné, il reste des choses à dire sur "Sibyl". Notamment sur sa noirceur presque jusqu’au-boutiste qui n’en devient que plus radicale une fois mise face à de courtes bandes-annonces misant sur un humour un peu méchant mais plus cérébral que piquant.

Ces saynètes promotionnelles sont toujours présentes. Cependant, elles sont réduites à leur portion congrue par rapport à tout ce que le film a d’autre à proposer. Surtout elles ne sont jamais légères car elles exsudent un malaise venant largement compenser le ridicule des situations et des névroses.

Rien n’est pardonné aux personnages et le film ne s’embarrasse pas ni d’une conclusion morale préfabriquée, ni de circonstances atténuantes pour venir au terme de sa réflexion sur la réappropriation des malheurs d’autrui pour exorciser les siens et en faire son terreau créatif.

Limité par sa propension à se complaire dans un stéréotype plus ou moins fantasmé du drame germanopratin suivant les turpitudes de CSP+ très malheureux pour des raisons amoureuses impliquant de l’adultère et du sexe triste, "Sibyl" parvient donc à se tirer vers le haut par un dialogue mutuellement enrichissant entre sa comédienne principale et sa réalisatrice, mais aussi par le montage de Laurent Sénéchal.

Le travail accompli force le respect par cet exercice de jonglage entre présent, analepses et ellipses selon des connexions logiques ayant valeur à l’aune de ce que les événements renvoient à Sibyl de son vécu. Tout comme ce ton amer radical, mais n’échappant jamais à ses artisans, ces bonds intuitifs d’un espace-temps à un autre contribuent à immerger le spectateur dans un chaos intérieur jamais gratuit.

En bref, même si vous n’aimez pas regarder sur grand écran des gens continuer une fois sortis du cabinet de psychiatrie à ergoter sur leur vie sentimentale dans une performance qui vous paraît d’un narcissisme à vous rendre malade, "Sibyl" vous offre tout de même une immersion dépressive inattendue, mais aussi une générosité cinématographique indéniable.

Vous n’en sortirez peut-être pas totalement convaincus mais avec des images et une performance plein la tête. N’oubliez pas votre Xanax.

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