Critiques

Sympathie pour le Diable : La critique du film

Par Léopold Guidarelli

Pour son premier long-métrage, "Sympathie pour le Diable", le réalisateur québécois Guillaume de Fontenay frappe fort en mettant sous le feu des caméras un conflit peu représenté à l’écran, les guerres en Yougoslavie. Entre l’inaction de la communauté internationale et la dramatisation médiatique du conflit, Paul Marchand, reporter de guerre interprété par Niels Schneider, tente de nous alerter de l'inacceptable réalité de la guerre.

Sarajevo, 1992, 7 mois après le début du conflit. On n'en saura pas plus. Pas un motif, pas une explication. On ne connaît ni les causes, ni les acteurs, ni les enjeux. On voit seulement Sarajevo assiégée, les bruits d’explosion retentissant au loin, les balles filant sans jamais que l’on ne connaisse leur victime. Plutôt qu’une abondance de victimes et d’explosions, le réalisateur québécois privilégie le non-dit et le non-vu. Entre l’immensité des rues désertées par la population et la crainte omniprésente d’un sniper embusqué, le spectateur est plongé dans un véritable huis-clos à ciel ouvert. En proie à une forme de claustrophobie, le spectateur, à l'instar des personnages, se retrouve enfermé dans cette ville dévastée et circonscrite.

Sympathie pour le diable : Photo Niels Schneider
Niels Shneider. Copyrights Shayne Laverdière Monkey Pack Films Gofilms.
Dans cet enfer visuel et auditif, le français Paul Marchand, présent depuis le début du siège, cherche à éclairer ses auditeurs quant à la vie menée par les Sarajeviens. A l’aide de Vincent, son photographe (Vincent Rottiers) et d’une jeune traductrice serbe Boba (Ella Rumpf), le journaliste nous emmène à la rencontre des différents acteurs de ce conflit, entre soldats de l’ONU, soldats serbes et simples civils.

Entre les chiffres revus à la baisse de l'organisation internationale et les censures de son rédacteur en chef, nous suivons le parcours chaotique de ce journaliste complexe. A la fois fervent humaniste et profondément écœuré par la cruauté et l’individualisme des hommes, il évolue dans un cadre violent où la mort est omniprésente, épargnant les plus braves et frappant les plus sensibles, n'emportant jamais ceux qui l’attendent et surgissant de façon imprévue.

"Sympathie pour le Diable" est avant tout le portrait d’un homme accro au danger, à l'adrénaline. Sa rencontre avec les différents diables qui ont fait de Sarajevo un enfer sur terre lui feront ressentir, si ce n'est une forme de sympathie, au moins une fascination pour le chaos.



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