13 décembre 2019
Critiques

Sympathie pour le Diable : Profession Reporter

Par Alexa Bouhelier Ruelle


"Un journaliste se doit d’être à l’endroit exact où on lui interdit d’être."
Ce sont les premiers mots de Paul Marchand dans la bande-annonce du nouveau film de Guillaume de Fontenay "Sympathie pour le Diable". Un nouveau film, dont l’objectif principal est de détruire le romantisme de la guerre telle qu’elle peut être dépeinte au cinéma. Ce film est une petite bombe, sans mauvais jeux de mots. Il bouleverse et prend totalement à revers son sujet jusqu’à parvenir à hanter son audience bien après la séance.

Paul Marchand est le personnage principal de ce film. Après avoir couvert la guerre du Liban, en 1992, il part couvrir celle de Bosnie-Herzégovine en tant que grand reporter pour la majorité des radios francophones dont la RTBF. Le siège de Sarajevo devait durer quelques semaines, mais il s’est écoulé plus de 18 mois avant la fin du conflit.

Les « Casques Bleus » des Nations Unies sont impuissants devant les tueries qui ont lieu chaque jour, faisant des centaines de morts au sein de la population. Les civils et les journalistes sur place risquent leurs vies tous les jours, cibles des snipers embusqués. Cependant, si vous demandez aux journalistes, cette « génération Sarajevo » évoque la couverture de ce conflit comme leurs plus belles années professionnelles. C’est à cet égard que le thème principal de « Sympathie pour le Diable » s’avère être plus noble que l’on peut imaginer.

Le parcours de Paul Marchand, un homme qui, soyons honnête, ne fait aucun effort pour être aimé, se révèle bien plus touchant qu'il n'y paraît. Un de ses amis et écrivain, Michel Tavelle le décrivait comme un homme qui « avait une addiction au risque. C'était un mélange de nitroglycérine et d'huile d'amandes douces ». C’est bel et bien comme ça que Guillaume de Fontenay nous présente ce personnage : un casse-cou qui ne recule devant rien et surtout pas devant le danger, plus particulièrement quand il s’agit de sauver des civils.

Niel Schneider est très loin du personnage de héros. Dans la peau de Paul Marchand, l’acteur est spectaculaire. Il dévoile ô combien ce journaliste détestait la guerre, ses aberrations et surtout ses injustices. Mais aussi comment la guerre le fascinait et comment il utilisait cette rage comme énergie pour aller de l’avant et survivre un jour de plus.

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Vincent Rottiers dans le rôle d'un photographe de guerre ami de Paul Marchand - Copyrights Shayne Laverdière Monkey Pack Films Gofilms
"Sympathie pour le Diable" ne met pas en scène des journalistes aux brushings impeccables et au maquillage éclatant. A la place, le réalisateur nous présente l’antithèse de ces clichés. Paul Marchand est intrépide, vif, grande gueule, colérique, suicidaire voire tête brûlée par bien des attraits. C’est un homme énigmatique et ambigu que l’on peine à détester tant le sens moral dont il fait preuve pour dévoiler l’inhumanité d’un tel conflit est grand.

Avec ce premier film, Guillaume de Fontenay montre la guerre telle qu’elle est : violente, imprévisible et si injuste. En temps de guerre plus rien ne fonctionne réellement, mais surtout plus rien n’a vraiment de sens. Le quotidien devient fiction et la fiction devient petit à petit folie. Dans un rythme effréné, le réalisateur dessine une tension palpable, presque oppressante que ce soit pour les protagonistes ou les spectateurs.
"Le film a cette force d'aborder le thème des médias en dénonçant l'info-spectacle "
"Sympathie pour le Diable" a cette force d'aborder le thème des médias en dénonçant l’info-spectacle, la télé-poubelle et le voyeurisme des JT du monde entier. En effet, ils sont nombreux à diffuser allègrement les images du siège de Sarajevo dans l'unique but de faire de l’audimat, se souciant très peu des populations locales. Des médias qui édulcorent la réalité pour la rendre plus glamour. Une vision du journalisme contre laquelle se bat Paul Marchand. On le voit d'ailleurs attaquer violemment un de ses collègues après que ce dernier ait ordonné à son ingénieur du son d’augmenter le bruit des balles qui fusent. Une façon de démultiplier l’impact du reportage.

"Sympathie pour le Diable" n’est pourtant pas un film parfait. Toutefois, son sujet ayant si peu de visibilité actuellement, bouleverse et consterne le spectateur tant la barbarie, qui y est dépeinte, ne peut laisser indifférent. Son anti-héros nous rappelle inlassablement la responsabilité humaine présente dans chaque conflit, mais aussi l’importance du sacrifice et de la résilience. Une recherche sans fin de la lumière dans un tunnel baigné de sang.

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