18 juillet 2019
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Syriana : Les hommes de l’ombre

De Téhéran à Washington en passant par l'Irak, "Syriana"» décrit une épopée pétrolière –fictive- du point de vue de ceux qui la vivent, la font vivre ou la subissent.

Loin du portrait dressé dans "Géant" avec Rock Hudson, le film se place au niveau mondial, niveau où les émirs côtoient régulièrement les golden boys américains, où les gouvernements courbent l'échine devant les patrons et où les trahisons sont légion.

Parmi eux : Bob, agent de la CIA agissant comme arbitre, juge et bourreau, auquel un bedonnant George Clooney prête son charisme, entouré tout un parterre d'acteurs extrêmement convaincants, dont son ami Matt Damon, ici en homme d'affaire quasi-insensible.

Le ton est glacial, le rythme lent et l'ensemble est si chargé en manoeuvres politiques qu'il peut rebuter dès la première demi-heure. Mais au-delà de cela, ce conglomérat d'histoires ouvre la vision sur de nombreuses facettes d'un monde impénétrable, voire inconnu du citoyen lambda.

Seuls des scandales avérés tels l'affaire ENRON permettent un bref aperçu de ce monde contemporain où, dixit l'un des personnages « la corruption doit subsister : c'est notre chemin vers la victoire ».

Thriller politique sur fond de cauchemar capitaliste, le réalisateur Stephen Caghan (à qui l'on doit le script de "Traffic") emboîte le pas de son mentor Steven Soderbergh en empruntant son esthétisme à base de couleurs chaudes et restant à la limite du docu-fiction. Soderbergh, tout comme Clooney étant producteurs, rien de bien étonnant.

Globalement, la qualité est indéniable et de l'histoire à l'interprétation, c'est un sans faute. Là où le bas blesse, c'est dans la multitude des personnages aux fonctions assez obscures pour la plupart, ce qui entraîne quelques passages pesants en particulier lors des scènes en immersion dans le conseil d'entreprise.

N'en déplaise aux amateurs de géopolitique, mais ne nous méprenons pas cependant : il ne sera jamais question de diaboliser les patrons ou de jouer la carte didactique pour saisir les subtilités de cette « course à l'or noir ».

"Syriana" n'occulte personne, ni le jeune patron dynamique qui monnaiera la mort accidentelle de son fils dans le palace d'un émir, ni l'ouvrier local « licencié » suite au rachat des puits et recruté par une organisation terroriste.

Le tableau est sombre, volontairement fouillis de par ses ramifications innombrables et ouvre une brèche dans notre système de croyances. Ce qui se cache derrière un plein d'essence dépasse l'entendement tant il y a de forces à l'œuvre et d'éminences grises, et derrière chaque dollar des millions d'autres à faire.

Ecœurant et fascinant à la fois, le film de Stephen Caghan renvoie la moralité à l'âge de pierre en ouvrant une fenêtre sur les puissants de ce monde, nommant la plupart (Iran, Irak, Etats-Unis entre autres) avec suffisamment de recul pour ne pas froisser les plus concernés.

Aucun coupable, mais tous complices ? A vous d'en juger… Débat assuré après la séance !

Auteur :Julien Leconte

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