19 juillet 2019
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Syriana : Syriana, ton univers impitoyable

Attention grand film ! Stephen Gaghan s'attaque avec "Syriana" au sujet du pétrole au Moyen-Orient. Quand on sait que l'homme est le scénariste de "Traffic", on peut se douter que le film risque de frôler le chef d'œuvre.

Parler de l'industrie pétrolière américaine, de ses moyens d'actions au Moyen-Orient, de ses arrangements avec les régimes en place et tout cela en deux heures. Stephen Gaghan serait-il kamikaze ? Bien au contraire, l'homme a du flair.

Profitant des tensions internationales (politique de Bush, nucléaire iranien, bouleversements politiques en Palestine, Liban, Egypte, Irak…) Gaghan sait que son sujet captera l'attention du public. Voici donc un cours de géostratégie pour initiés.

Pour initiés, tant "Syriana" paraît confus dans les premières minutes. La faute à une mise en scène tout droit sortie de la série 24 heures chrono. Non pas que le récit se déroule en temps réel mais plutôt qu'il se divise en plusieurs destins.

Il faut jongler entre les multiples pays visités (Liban, Etats-Unis, Emirats Arabes Unis, Kazakhstan,…) et les différents niveaux de l'industrie pétrolière examinés : du simple ouvrier pakistanais au patron d'une grande entreprise (la Connex Oil) en passant par le puissant émir d'un pays du Golfe.

Un tel éclatement de la narration renvoie directement à "Traffic", long-métrage de Steven Soderbergh sur un scénario de … Stephen Gaghan, justement. Soderbergh, quant à lui, se retrouve à la production par le biais de Section Eight, boîte qu'il co-dirige avec Clooney.

Que du beau linge ! "Syriana" parvient alors à dépasser le simple brûlot anti-Bush et à se positionner sur un terrain bien plus noble : le documentaire. D'où la caméra-épaule, une réalisation sobre et surtout un énorme travail de préparation.

Avant le tournage, Robert Baer, ex-agent de la CIA et auteur du livre dont "Syriana" se réclame, a présenté les acteurs du secteur pétrolier en Europe et au Moyen-Orient. De ce voyage d'un an, Stephen Gaghan en retire des scènes et propos terriblement réalistes. On gardera en mémoire le discours d'un islamiste qui résume toute la montée en puissance de l'intégrisme religieux et du terrorisme.

Stephen Gaghan colle avec brio à la réalité géopolitique de notre époque, se permettant d'évoquer les idées de Grand Moyen-Orient de l'administration Bush (l'installation de la démocratie du Maroc au Pakistan permettra l'éradication du terrorisme), les liens entre Hezbollah, Syrie et Liban (rapidement abordés, certes) et la montée en puissance de certains leaders progressistes dans les pays du Golfe.

Dans "Syriana", point de manichéisme. Le film se dispense d'inutiles leçons de morale. Ni bons, ni mauvais, tout protagoniste de ce puzzle possède ses travers. Avec sa barbe drue, ses quinze kilos de plus, Clooney réalise un grand numéro et incarne cette personnalité trouble.

Tout cela sonne comme une leçon de géopolitique. Ce serait oublier que "Syriana" est une œuvre de fiction, réalisé et écrite par un scénariste oscarisé pour "Traffic". Fort logiquement, la tension installée du début à la fin, le respect des codes du film d'espionnage captent le spectateur.

Si vous survivez aux premières minutes, vous serez happé par les engrenages de "Syriana". Et vous ne reviendrez pas indemnes de cette plongée dans le pétrole américain.

Auteur :Matthieu Deprieck

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