30 octobre 2020
Critiques

Tarzan : Bel accident industriel !

Attention il est là, chaud comme un DSK à Bangkok, fumé comme un John McEnroe le lendemain d'un enterrement de vie de garçon et grillé comme un compte offshore de Jérôme Cahuzac : "Tarzan", le nanar pété de thunes de l'été débarque sur vos écrans. Et ouais, là comme ça, d'entrée de jeu, sans même vous laisser le temps de vous accoutumer à l'habituelle morosité estivale qui attendrit la viande avant que le Blietzkrieg de la médiocrité ne vienne sauvagement piétiner votre tolérance à la calorie industrielle. Et même si on n'est jamais à l'abri du ressac en cette période de l'année (surtout avec un Roland Emmerich posté en embuscade, le coquin), on est enclin à penser que le pire se situe désormais derrière nous, dans les décombres d'une icône qui aurait sans doute préféré rester coucher. Vous l'aurez deviné : "Tarzan", nouvelle adaptation de la création d'Edgar Rice Burroughs par un David Yates qui l'a visiblement confondu avec "Georges de la Jungle", a tout du challenger de taille et de poids dans le champ de betteraves du blockbuster moderne.

Vous connaissez l'histoire, mais le "Tarzan" 2016 bifurque de la trame de Burroughs pour raconter l'après. Une sorte de "Tarzan Returns", qui tourne en rond dans son château de lord avec sa dulcinée avant qu'un émissaire du gouvernement américain ne l'incite à retourner sur ses terres natales pour mettre en lumière les agissements d'un chercheur de diamants sans scrupules. Pour le coup, on serait presque tenté de remercier Yates de ne pas nous bassiner avec une énième origin story sous-titrée « l'homme derrière le mythe » si le film n'essayait pas d'obtenir le beurre et l'argent du beurre en capitalisant malgré tout sur l'histoire que tout le monde connait (flash-back aux couleurs sépia désaturées en post-prod à l'appui).

A l'instar des productions récentes se targuant d'offrir un éclairage neuf sur un mythe pérenne tout en capitalisant sur la mémoire collective générée par la licence, "Tarzan" se retrouve ainsi bien vite pris en étau entre ses velléités de renouveau et son incapacité à couper le cordon ombilical avec le récit originel. Un non-choix qui fait fatalement reposer sur les épaules de la mise en scène de David Yates la seule responsabilité de résoudre un paradoxe entretenu par un scénario qui s'enlise dans des postures pour le moins… problématiques avec sa volonté affichée de modernisation du mythe (comme celui de faire de Jane une caricature de demoiselle en détresse qui fait reculer de 50 ans en arrière la condition féminine sur grand-écran).

Or, si David Yates réussit effectivement à jeter un voile sur ses problèmes de narration, c'est uniquement en raison de l'éclipse provoquée par le déficit de fabrication colossal de l'ensemble. Comme si, dépourvu de l'environnement de production ultra-rodé des "Harry Potter", David Yates se retrouvait sans garde-fou pour canaliser ses partis-pris les plus foireux.

Mi-clip de Mylène Farmer pour la partie anglaise, mi pot-pourri des gimmicks formels usés jusqu'à la corde par ses contemporains (héros iconisé à l'aide de plans de dos en amorce comme chez Terrence Malick, ralentis à la Zackounet Snyder pendant des scènes de baston découpées en dépit du bon sens, grand-angle agressif qui renvoie plus à Russell Mulcahy qu'à Peter Jackson…) "Tarzan" paye, en outre, son tribut à des choix de post-production incompréhensibles. Comme celui de retravailler l'image aux filtres numériques baveux jusqu'à la nausée, où le rajout à profusion d'incrustations hideuses histoire d'annihiler la plus petite parcelle de décors naturels dans une mélasse visuelle digne d'un Zack Snyder sous Windows 95 (donc "300" en fait).

Et puisqu'il faut savoir sceller son tombeau, "Tarzan" enfonce le dernier clou dans son cercueil avec son casting. Et surtout le choix désastreux du leading role endossé par Alexander Skarsgard, parodie vivante de modèle pour Paco Rabane qui n'est là que pour vanter un énième régime de prise de masse sèche qui fera la une de « Men's Heath ». Le reste de la distribution est à l'avenant, à l'exception d'un Samuel L. Jackson trop rôdé pour ne pas savoir toucher son chèque sans préserver sa dignité professionnelle…

Au fond, une telle accumulation de casseroles rendrait presque l'ensemble sympathique, façon perche trop bien tendue au mauvais esprit du public, si le tout ne laissait pas en sus une étrange impression de « pas terminé ». Pas terminé au niveau des effets, au niveau du script, au niveau du montage qui envoie valser toute notion de cohérence géographique dans les scènes d'actions…

Vous l'aurez compris, ce négatif du "King Kong" de Peter Jackson (modèle avoué du film dans sa volonté de renouveler un mythe tout en renouant avec son pouvoir d'évocation matriciel) a tout de l'accident industriel incontrôlé comme on n'ose plus en sortir.

Auteur :Guillaume Meral
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