18 septembre 2020
Critiques

Tenet : Un film cerveau ertnoc el spmet

Par Yann Vichery

Ressentir la même sensation que les spectateurs ayant découverts "2001, l’odyssée de l’espace" de Kubrick en 1968, "Mulholland Drive" de Lynch en 2001 ou "Donnie Darko" de R. Kelly en 2002, c’est ce que nous pouvons ressentir à la sortie de "Tenet", dernier opus de Christopher Nolan, élu pour soi-disant « sauver le cinéma » de la crise dans laquelle il est plongé.

Un sentiment de fatigue, d’étonnement, d’hystérie, de passion, de questionnement qui nous suit longtemps après le film, qui nous met K.O dans un sens ou dans un autre. On a envie de comprendre ce que l’on a vu et on n’a pas fini de chercher avec "Tenet". Alors oui, Nolan peut sauver le cinéma en termes d’entrées puisqu’il faudrait voir le film 2 voir 3 fois pour comprendre le labyrinthe temporel inventé par ses soins. Mais que cela fait du bien.

Tenet : l’expérience
Il faut louer Christopher Nolan de vouloir tenter ce genre de film au cœur du cinéma hollywoodien, expérimenter et chercher à créer quelque chose de nouveau et d’innovant. Ce tour de force est d’autant plus puissant qu’il le fait dans un film d’action, en mobilisant toute l’intelligence et l’attention du spectateur, qu’il souhaite emmener le plus loin possible.

Résumer "Tenet" est quasi impossible, car trop réducteur, mais en gros, ça donne ça : Un « Protagoniste », agent qui s’est illustré lors d’une opération en Russie, se retrouve chargé d’une mission top secret : il doit sauver le monde menacé par une technologie venue du futur qui consiste à inverser le temps et l’entropie des objets (rien que ça). Le voilà mis en contact avec un milliardaire russe soupçonné d’être le représentant, dans le présent, de ce plan apocalyptique. L’histoire ressemble à première vue à un James Bond, à un Jason Bourne, mais s’en éloigne par son côté SF (on pourrait aussi citer "Déjà vu" de Tony Scott pour le côté SF).

Cependant, Nolan va beaucoup plus loin en jouant sur l’écoulement et le retournement (appelons le mécanisme comme ça) du temps de l’intrigue. Il est clairement impossible selon moi de comprendre la totalité de l’histoire mise en place dans le cerveau de Nolan lors de la première vision. Tout au plus, certains indices peuvent nous mettre sur la voie de la compréhension de certains éléments, mais revoir le film une seconde fois, voire plus, est nécessaire, car rien n’est laissé au hasard dans les images et les plans filmés et c’est à une analyse de l’image que Nolan nous convie pour tenter de remettre de l’ordre.

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John David Washington et Robert Pattinson
On avait certes déjà voyagé dans le temps avec "Interstellar" ou dans les différentes strates des rêves avec "Inception", mais là ça va plus loin avec un temps inversé (le temps s’écoule pour certains et « recule » pour d’autres) qui est provoqué par une machine, une sorte de tourniquet temporel. Et les scènes durant lesquelles les portes sont utilisées restent d’une inventivité jamais vues dans mes souvenirs : bagarre dans les couloirs de l’entreprise, poursuite sur l’autoroute, bataille finale. Ce sont ces scènes spectaculaires qui créent une nouveauté dans le genre du film d’action et on peut dire que Nolan et ses acteurs mouillent la chemise dans le petit making of proposé par Warner où ils ont appris à se battre « à l’envers » et où le réalisateur est présent sur chaque plan filmé.

Les acteurs, parlons-en : John David Washington (fils de Denzel) s’offre un premier rôle d’envergure et assure le job avec classe. Robert Pattinson rassurera les fans de Batman, car lui aussi est crédible dans son rôle. Kenneth Branagh crée un méchant parfois terrible et Élisabeth Debicki est un faire-valoir féminin assez énigmatique dans ce film. La chimiste au début prévient le protagoniste principal : « n’essayez pas de comprendre, ressentez. » Il nous faudra suivre son conseil avant de tenter de comprendre.


A partir d’ici, je spoile quelque peu, donc à lire si vous avez vu "Tenet" !

Tenet : tentative de compréhension

L’idée du film semble être venue à Nolan de sa connaissance du fameux « carré magique » contenant le titre du film, palindrome formé de 5 mots latins de 5 lettres placés dans 5 carrés. Les lettres de la phrase sont inscrites de telle façon qu’elle puisse être lue de haut en bas, de bas en haut, de gauche à droite et de droite à gauche. Il faut noter que le changement de l’ordre de lecture n’altère en aucun cas le sens de la phrase du point de vue grammatical latin.

Le carré est composé des cinq mots suivants :
• Sator : laboureur, semeur ; ou créateur, père, auteur ;
• Arepo : ce mot en langue gauloise signifie charrue, transporteur ;
• Tenet : [il/elle] tient en son pouvoir ;
• Opera : œuvre, travail, soin ;
• Rotas : roues ou rotation, orbite, révolution, cycle ;

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Elisabeth Debicki et Kenneth Branagh

On peut comprendre le côté « magique » de ce carré qui a passionné Nolan et qui fait que chaque mot fasse sens dans le film. Il lui restait à créer une histoire autour du principe de cycle, de transport, de création, de pouvoir en y intégrant ses obsessions, le contrôle et le temps.

Pour ce faire, il définit un algorithme, ensemble de neuf objets cachés dans des lieux où sont détenus des éléments radioactifs. Réunis, ils inversent l’entropie de la Terre et déclenchent la fin du monde. C’est cet algorithme qu’une mystérieuse agence souhaite utiliser afin d’éradiquer la population dans le passé pour éviter une catastrophe future (on n’en sait pas plus sur cette catastrophe). Pour ce faire, elle compte sur le russe Sator (Kenneth Branagh) qui a déterré il y a longtemps un morceau d’algorithme en Sibérie, ainsi qu’une mallette contenant des lingots d’or. Depuis, il reçoit des lingots venant du futur pour continuer à chercher les différentes pièces de l’algorithme et exécuter la mission de l’organisation. Beaucoup de questions restent en suspens au moment où j’écris : quelle est la catastrophe annoncée ? Pourquoi éradiquer l’humanité alors qu’il serait possible d’éviter la catastrophe ? Les personnages du film ont-ils conscience de leurs voyages dans le temps ?

Bref, Nolan est bien le créateur d’un film monstre tel qu’il en existe peu, ambitieux dans la jungle Disney, Marvel, tordu, imparfait, interprétable à l’infini (d’ailleurs certains petits malins s’y emploient déjà sur le net à l’aide de schémas fléchés pour tenter d’expliquer les différents trajets temporels des personnages). C’est, et ça n’engage que moi, la preuve d’un talent qui divisera encore les adorateurs (dont je suis) et les détracteurs de son cinéma qui, malgré tout, intrigue, passionne, questionne au point d’avoir déjà attiré plus de 800 000 spectateurs dans les salles, ce qui n’est déjà pas un mince exploit en cette période.

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