22 novembre 2019
Critiques

Terminator Dark Fate : Aie robot !

La critique du film Terminator : Dark Fate

Par Pierre Tognetti alias Peter Hooper

Aux milieux des années 80, dans les salles obscures, on voyageait dans le temps. Confortablement installé dans les sièges de la DeLorean du doc par temps d’orage ou brutalement éjecté en tenu d’Adam à travers une fracture spatio-temporelle. Deux expéditions effet papillon dans le but de modifier le passé et/ou le futur, en mode "feel good movie" ou thriller d’anticipation. Si les aventures de Marty donneront un triptyque échelonné sur cinq ans, les traques cybernétiques s’étalent en saga depuis 1984 jusqu’à cette année, date de sortie du sixième opus : "Terminator : Dark Fate".

Trente-cinq ans de luttes acharnées « humains Vs machines » pour conserver ou prendre le pouvoir. Lorsque sort l’épisode originel, c’est un choc brutal avec ce scénario alambiqué dans lequel un robot enveloppé de chair arrive de 2029 pour tuer celle qui mettra au monde le gars qui s’opposera à la rébellion des androïdes, déclenchée par un holocauste nucléaire. Ouf ! On reprend son souffle et on se tape 107 minutes avec cette histoire aussi inédite qu’impeccablement retranscrite à l’écran. Son succès accouchera d’une double consécration pour le colosse autrichien post "Conan le barbare" (1982), qui sera statufié star du film d’action et pour le James Cameron d’avant "Aliens, le retour" (1986) qui récoltera les lauriers de réalisateur surdoué.

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Passons sur le doux euphémisme de l’inégalité des métrages, l’apanage en somme des séries dont la répétition nécessite de composer avec une intrigue et des ressorts éventés. Dans le cercle des Terminator, la puissance du premier, porté par un Arnold Schwarzenegger bigger than life, un rythme effréné, une violence spectaculaire, une atmosphère noirâtre très ancrée dans cet esprit 80’s et sa liberté de ton, conduiront une fois l’effet de surprise passé, les réalisateurs à qui Cameron laissera les commandes après une suite cohérente en 1991, à appuyer de plus en plus fort sur la touche FX pour relancer la (les) machine(s).

Ce "Terminator: Dark Fate" démarre de manière singulière avec cette évidente tentative de raccord avec l’œuvre originale. D’abord en mettant en lumière certaines zones d’ombre laissées sur la toile après le film de 84, notamment sur ce qu’il arriva au jeune John lors de sa fuite avec sa mère. Pour le moins audacieux, ou suicidaire selon les points de vue…

Ensuite avec le retour de Sarah Connor qui, après sa disparition dans "Le jugement dernier", réapparaît toujours sous les traits de Linda Hamilton. Pour corroborer la bonne note d’intention, elle retrouve son meilleur ennemi de T-800 dans la peau métallique et burinée de Schwarzenegger, transparent ou presque de la distribution de la purge "Genisys" (2015). Et lorsque l’on sait que, cerise sur le chaos, big James est à la production, on se dit que grâce a ceux sans qui tout cela n’existerait pas, il semble impossible de ne pas (re)prendre son pied. Peut-être n’ai-je pas la bonne pointure mais je vais assez rapidement déchausser. Pardon : déchanter.

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Pour le plus grand déplaisir des amoureux de cinéma, ceux qui comme moi sont à la recherche de nouvelles expériences sensorielles, on prend en pleine rétine strictement les mêmes ingrédients qui ont fait les choux gras de la franchise depuis l’épisode 3.  A savoir un nouveau méchant en mode boogeyman (tueur en série indestructible) et un nouveau gentil protecteur, une intrigue abracadabrantesque pour lier le récit, des enjeux (du coup) redondants, et une profusion d’effets spéciaux.

Lorsque blockbuster et univers science fictionnel ne font qu’un, on a droit à une stricte application de la sacro-sainte règle du "bigger and louder". De ce côté-là, que les amateurs de hautes technologies se rassurent, ils seront servis. Du dédoublement enveloppe humaine-cyborg du nouveau tueur Rev-9 (Gabriel Luna), aux coulées noir goudron pour les phases de recomposition, en passant par les scènes de combat, le show high tech est bel et bien au rendez-vous.

Mais, curieusement, la narration souffre de récurrentes ruptures de ton qui ralentissent l’action, souvent au profit de longs dialogues pleins de vacuités, à l’exception d’une réplique absolument fendarde où Arnold donne l’illusion qu’il ressort la boite à punchline avec laquelle il a bâti sa carrière. Si son « je suis un boute en train » ne restera pas forcément dans l’histoire, rangé à côté de ses « I’ll be back », « Parle a ma main » ou autre « Hasta la vista baby », on rit comme au bon vieux temps (mer… j’suis vieux !) .

Sous le grand barnum de CGI plus éblouissants les uns que les autres, absolument rien de nouveau à l’horizon. Si on ne s’ennuie pas vraiment (pas vraiment…), on nage dans un pur film de supers anti héros, surfant sur le "mood" actuel des "Comics movies". La règle y est tout aussi simpliste, réalisateurs et producteurs cherchant à nous montrer qui a la plus grosse (technologie) afin de nous épater avec un déluge pyrotechnique, histoire de justifier ou sont passer les millions de billets aussi verts que le fond de l’écran sur-exploité.

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La caractérisation de la « gentille » Grace, une humaine « augmentée » (plus humaine donc…), malgré le physique androgyne de la féline Mackenzie Davis, est traitée de manière trop superficielle pour donner de l’épaisseur à ce personnage salvateur, et de l’intérêt au scénario. Une négligence qui discrédite son rôle d’ange protecteur.

Concernant l’héroïne légendaire, au-delà de la bouteille prise par Linda Hamilton et celles ingurgitées par Sarah Connors (ou le contraire…), elle erre sur terre le cœur déchiré par son triste destin de mère uniquement motivée par buter du cyborg. Elle fait le job, mais ne met jamais dans son jeu ce petit supplément d’âme qu’on espérait d’un protagoniste historique de la franchise. Seul son « je reviendrai » piqué au T-800 de 1984 est bien senti, mais la prestation d’ensemble est bien trop pauvre pour en faire l’attraction principale qu’on augurait. Elle s’estompe dans son attitude de mamie guerrière derrière des CGI qui vampirisent tout, surtout l’émotion dont ce Dark Fate est totalement dénué.

C’est cette vielle branche de Schwarzy qui arrive à insuffler l’unique pincée de sensiblerie dans la scène finale, véritable (?!) chant du cygne de son personnage mythologique. Et encore, j’en viens à me demander si ma remarque n’est pas animée par de la pure nostalgie…

Après ce sixième film (et une série tv), il n’y a absolument plus rien à espérer de Terminator, à part peut-être un (très) gros plantage au box-office, et que, loi du business aidant, Cameron scelle définitivement ses droits dans de l’acier blindé. Ou alors qu’un gars reparte dans le passé pour tuer la mère de celui qui a inventé les suites. Je sais, moi aussi « je suis un boute en train ».

Pour en savoir plus, un extrait de notre émission Les Aventuriers des Salles Obscures :



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