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Terreur sur la ligne : Beau navet !

Toutes les semaines apportent son lot de remakes. Après le retour du bambin antéchrist, l'attaque des cannibales radioactifs et le gros bateau qui se retourne, voici venir le retour du téléphone psychopathe. Remake éponyme du film de Fred Dalton datant de 1979, Terreur sur la ligne part d'un concept aussi casse gueule que prometteur : récupérer l'action des 20 premières minutes de l'original (un huis clos éprouvant entre une baby sitter et un serial killer) pour l'étendre sur la totalité du métrage. Intéressant ? Intriguant ? Sur le papier seulement car une fois passé entre les mains de producteurs cherchant à imiter le succès de Scream et sous la direction du réalisateur de Tomb Raider, Terreur sur la ligne 2006 s'avère aussi effrayant qu'une pub pour déodorant vantant les mérites de la fraîcheur longue durée.

Oubliez immédiatement la bombe dégoupillée par Alexandre Aja il y a quelques semaines, le nouveau film de Simon West lorgne plus vers le récent (et pathétique) Fog plutôt que du côté du remake énervé de La colline a des yeux. En effet, en moins d'une heure trente, Terreur sur la ligne accomplit l'exploit de réinventer le concept du film mou et constitue une sorte de démonstration de tout ce qu'il ne faut plus jamais faire au cinéma. Après un prologue totalement dénué d'intensité horrifique, le scénario plonge dans le milieu lycéen pour présenter le personnage de la future victime. Dans un maelstrom de situations plus clichées les unes que les autres, les gravures de mode qui servent de " personnages " traversent d'interminables couloirs en lâchant paresseusement des dialogues sortis de la série Dawson : " Je ne sais pas si coucher avec Jack pourrait énerver Debbie car elle craque un max pour John tout en désirant l'ex de mon futur mec, je veux dire Brad. " La suite n'est guère mieux puisqu'une fois enfermée dans une villa de 975 mètres carrés habitables, la jeune baby sitter fera tout ce qu'il faut pour mourir dans d'atroces souffrances à savoir sortir quand le tueur est dehors et s'enfermer quand il est dans la même pièce qu'elle.

Mais avant toute forme de violence ou de tension, il faudra patienter une heure dix le temps que le réalisateur épuise jusqu'à la corde le petit manuel du " Je fais sursauter mon public avec des effets ringards. " Rien ne sera donc épargné au spectateur : du réfrigérateur bruyant à la machine à laver tueuse en passant par le chat (le meilleur acteur du film) qui saute à la caméra dès que le scénario l'exige. Quant au climax final, non content d'être extrêmement décevant question violence gore, il participe à enterrer définitivement une série B qui n'a même pas l'honnêteté de procurer à son public un minimum de frisson. Il faut donc le crier haut et fort : Terreur sur la ligne effrayera probablement les bambins accros au DVD de Bambi ou de Pollux, le manège enchanté. Les plus de quatre ans pourront, eux, crier sans retenue leur indignation face à une arnaque commerciale aussi évidente.

Conçu, produit et distribué pour cibler un public adolescent, Terreur… évite soigneusement tous débordements sanglants pour éviter les foudres de la censure. Cette technique s'avère d'ailleurs payante puisqu'aux USA, When a stranger calls (un titre moins mensonger que sa traduction VF) a engrangé de confortables bénéfices grâce à une classification PG 13 qui a permis aux jeunes américains de découvrir le film en salle. En France, son interdiction au moins de 12 ans reste un mystère total tant l'ensemble reste terriblement sage et conventionnel. Ainsi, inutile de chercher quoi que ce soit à sauver de ce naufrage pelliculé indigne d'une sortie en salle. Certes, le DVD de Terreur sur la ligne pourra éventuellement égayer une soirée d'orgie bières - pizzas entre potes alcoolisés.

En l'état, il reste -sobre et concentré- un atroce navet.
Auteur :Frédérick Lanoy
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