Archives Critiques

The Artist : Un exercice de style un peu vain.

Par Régis Dulas


Précédé d'une réputation flatteuse et d'une campagne médiatique, pour le moins, offensive, "The Artist" était attendu avec impatience et intérêt. À ma grande surprise, mon sentiment n'est pas à la hauteur de mes espérances. Le film de Michel Hazanavicius n'est, a posteriori, qu'un exercice de style un peu vain.

Incapable de se situer entre le "Silent Movie" de Mel Brooks et le "Zélig" de Woody Allen. Pourquoi ces deux pôles, me direz-vous ? En 1976, quand le réalisateur des « producteurs » propose sur les écrans un film muet (déjà), il se fait un devoir de retrouver l'âme de ce type de cinéma, sans entrer pour autant dans une imitation visuelle ou une vague copie de ses modèles. Quand, le maître de »Manhattan », sept ans plus tard, reconstitue fébrilement l'Amérique de l'avant-guerre, il ne ponctue pas son propos de clins d'œil au public. Dans "The Artist", il n'y a pas de point de vue juste un pastiche d'un pan entier de l'histoire du 7ème Art. La saga OSS partait du même principe : coller au plus près du modèle (là le film d'aventures franchouillard d'avant La Nouvelle Vague, celui du Tigre ou autre Gorille). Le but ? Détourner pour provoquer le rire. Ici en souhaitant explorer de nouveaux registres (l'émotion et le drame), il tombe à côté. Pourquoi Chaplin sur une trame analogue réussissait lui ? On appelle cela l'innocence des premières fois, la naïveté fragile d'un âge d'or.

Reproduire un schéma émotif quatre-vingts ans plus tard s'assimile à de la roublardise. La forme pose question, le sujet moins. La peur de la décadence d'un comédien face à l'évolution de son métier aurait dû interpeler. Une réflexion sur la place de l'acteur est légitime à l'heure de la motion picture ; il ne faut pas être grand clerc pour sentir que depuis "Avatar" rien ne sera plus comme avant, d'autant plus que se profite à l'horizon le "Tintin" de Spielberg. Dans "The Artist", le sujet est à peine effleuré. Rappelons-nous ce qu'avait donné sur un thème proche le dramatique  "Sunset Boulevard " de Billy Wilder ou le jubilatoire "Singing in the rain" de Stanley Donen. J'avoue préférer dans une scène proche -la star déchue visionnant ses propres films- la charge émotionnelle de Gloria Swanson à celle de Dujardin ; et l'immense comédie musicale "chantons sous la pluie" à un piètre numéro de claquettes.

Même l'analyse d'un milieu passionnant, le monde des studios, est escamotée. La lecture du Je hais les acteurs de Ben Hecht aurait pu élargir l'horizon des scénaristes.
Tous nos contenus sur "The Artist " Toutes les critiques de "Régis Dulas"

ça peut vous interesser

Des Oscars à voir sur Salto

Rédaction

OSS 117 : Il revient !

Rédaction

Le Prince Oublié : Les coulisses du tournage

Rédaction