21 janvier 2021
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The Barber : La critique

Avec "The Barber", ce Coen là est un Coen noir à bien des points de vue. L'Amérique des années 50, avec ses grosses voitures, ses chapeaux mous et ses grandes allées est cette fois le cadre de la nouvelle production des deux frères.

Loin de la gaieté débridée et inventive d'"O Brother" ou de "The Big Lebowski", le ton se fait ici, comme l'image, beaucoup plus sombre.

Le coiffeur-barbier du titre, c'est Ed Crane un grand taciturne qui partage la vie de Doris, une comptable volubile dans un magasin d'habits à la mode.

Lorsqu'une "tantouze à perruque" fait irruption dans le salon qu'Ed fait tourner avec son beau-frère et lui parle de nettoyage à sec, Ed y voit une opportunité d'arrondir son portefeuille.

Reste pour lui à se procurer l'argent, un petit paquet de dollars que la découverte de l'infidélité de sa femme va lui permettre d'obtenir.

C'est alors que les choses se corsent. Chantage, meurtre et mensonge s'enchaînent pour enferrer Crane dans un destin dont il est loin d'être le maître.

Dans cette Amérique que filment les deux frères, ce faux héros semble n'être que la souris égarée dans un vaste labyrinthe, perdue à la poursuite d'un hypothétique morceau de fromage qui semble s'éloigner à mesure que le temps passe.

Pas de surprise, le talent des Coen transparaît clairement dans ce nouvel opus. Le scénario recèle son pesant de trouvailles et se révèle d'une construction bien plus fouillée qu'il n'y paraît au premier abord. La voix off de Ed, élément indissociable du film noir, est très bien utilisée tout au long du film.

Le tableau se dessine lentement, brossant le portrait d'un homme "qui n'est pas là", un homme qui suit, un homme davantage victime que déclencheur des évènements.

Un homme presque spectateur de sa propre vie. Côté acteurs, la fratrie Coen fait là encore preuve d'un grand sens du casting en mélangeant habitués et nouveaux venus pour dresser cet étrange tableau des Etats-Unis d'après-guerre.

En tête de ce cortège Ed Crane, à la fois typique des (anti) héros de l'époque - cigarette, chapeau et tout le toutim - et narrateur de ses propres mésaventures trouve en Billy Bob Thornton un étonnant interprète. Mais

"The Barber" est aussi une grande réussite esthétique, le noir et blanc léché est utilisé par le réalisateur Joel avec beaucoup d'à-propos et lui offre la possibilité de replonger dans un cinéma plus ancien, un cinéma très inventif et travaillé.

Un cinéma à la mise en scène réellement fouillée et pertinente, loin des réalisations bêtement illustratives qui pullulent sur les écrans.

L'un au scénario, l'autre derrière la caméra, les frères Coen donnent foi en un cinéma créatif, capable de vrais parti-pris de mise en scène et d'une vraie construction narrative. Un retour réussi sur un genre cinématographique presque mythique pour un film à la fois divertissant et abouti. On en redemande.

Auteur :Guillaume Branquart

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