Critiques

The Batman : Un bat-polar novateur

Par Yaël Djender

Sens avisé de la photographie, noirceur assumée, enquêtes inédites et scènes d’action musclées… Malgré quelques maigres écarts, tous les ingrédients sont intelligemment assemblés pour faire de ce « Batman » un nouveau pilier du genre.

La chauve-souris à la sauce Burton, à la sauce Schumacher, à la sauce Nolan, à la sauce Snyder. La chauve-souris partout, tout le temps, sans discontinuer. Au risque de frôler l’indigestion ? Voilà la problématique qui a occupé les médias comme adulateurs du héros masqué pendant des mois (voire plus, pandémie oblige) après l’annonce d’un reboot. Qu’est-ce que l’icône de DC Comics pouvait bien avoir à nous vendre après être allée du plus bariolé au plus sombre devant la caméra de ses différents géniteurs cinématographiques ? Seuls Matt Reeves et quelques personnes bien informées de son entourage avaient alors la réponse à cette question.

Il faut dire que l’imbroglio Ben Affleck ne semblait pas réglé du côté de la Warner. Nul ne savait, à l’époque, si la star de The Last Duel allait raccrocher cape et masque pour retourner à une « indépendance » à l’écran. Et si aujourd’hui les choses semblent s’éclaircir de ce point de vue, tout ne fut pas toujours si simple. Notamment à l’heure d’annoncer le nom de son successeur dans le rôle. La bronca générale ayant suivi la nomination à cet effet de Robert Pattinson semble aujourd’hui bien loin. Et tant mieux. La haine gratuite visant l’acteur sur les réseaux sociaux semblait dénuée de tout fondement tant il fut bluffant de justesse dans ses derniers jobs au cinéma. Mais alors, fait-il un bon bat-justicier ?

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Robert Pattinson et Zoë Kravitz - Copyright 2021 Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved. / Jonathan Olley/™ & © DC Comics
Une leçon de style…

S’il est un domaine que « The Batman » survole de bout en bout, c’est bien l’esthétique. Le produit final est indéniablement parmi les plus jolis que le genre nous a servi au cours de la dernière décennie, au bas mot. Et l’abandon des fonds verts n’y est pas étranger… Ainsi, on retrouve des tons sombres généralement chers au Chevalier Noir. Mais aussi à son réalisateur, qui a pu en faire la démonstration par le passé dans sa trilogie « la Planète des Singes ». Les scènes en pleine journée se font rares, mais ce fait n’est pas ennuyant pour un sou. La nuit est sublimée par une audace louable dans la réalisation, notamment via d’élégants ralentis et un soin admirable porté aux détails.

À cela s’ajoute un remarquable travail scénographique, avec des décors minutieusement pensés en préproduction. Ceux-ci prennent efficacement vie une fois mariés au bon maniement de la caméra. Les costumes, l’éclairage et la pertinence du choix des accessoires viennent solidement compléter cette force visuelle en donnant à l’ensemble une agréable apparence de moderne/vétuste. Le film de superhéros fait du rentre-dedans aux polars, films policiers et autre thriller. Et il le fait avec classe. Que dire de plus, si ce n’est que « The Batman » tranche radicalement avec le style de ses collègues en collants pour proposer une nouveauté aussi sinistre qu’elle est attrayante ?

… Pas dénuée de faiblesses

Au-delà de son étincelante carapace, le long-métrage peut aussi se targuer de plusieurs grandes scènes d’action, d’interprétations presque exemptes de tout reproche (notamment de la part de son principal protagoniste) ainsi que d’une intrigue qui, globalement, tient autant la route que la Batmobile. Mais il lui arrive ponctuellement de pécher par ses excès. « The Batman » rame d’abord dans son aspect acoustique : les arrangements musicaux ont une fâcheuse tendance à la redondance entre le thème principal et des variations de « Something in The Way » de Nirvana. Bien que les deux morceaux soient un régal pour l’oreille, il n’en demeure pas moins qu’ils ne suffisent pas à donner corps à un édifice dont la durée avoisine les trois heures.

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Robert Pattinson - Copyright 2021 Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved. / Jonathan Olley/™ & © DC Comics

En outre, ladite durée se fait elle aussi ressentir par intermittences. Quelques longueurs superflues au cours de l’acte introductif empêchent le bonheur d’y être plein et entier. En revanche, ce défaut est rapidement compensé en cours de route, c’est-à-dire dès que l’action débute véritablement. La première heure de « The Batman », qu’il est possible de qualifier d’« exposition », est tout à la fois fascinante et ennuyante. Cette demi-teinte est a priori à mettre sur le compte de quelques lenteurs. Le plaisir se trouve alors décuplé par les scènes de tension, d’émotion ou d’action. Mais le regret de ne pas avoir eu une production plus condensée ne s’efface pas pour autant.

« The Batman » est ainsi l’anti-film de superhéros mainstream. Moins pop-corn, plus réaliste. Moins chargé en effets spéciaux, plus centré sur les faits. Moins impressionnant, plus séduisant. Il se démarque par une ambiance unique et une intelligence artistique certaine. Sans le moindre ambage, le film peut regarder dans les yeux les leaders du genre. L’illustre « The Dark Knight » a encore de beaux jours devant lui, mais Matt Reeves vient rappeler que l’homme chauve-souris peut aussi vivre de belles aventures loin de la caméra de Nolan. Un film héroïque, tout simplement !

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