30 juillet 2021
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The Constant Gardener : Critique

Le Kenya, sa faune, sa flore… et ses virus.

« Je me suis rendu compte qu'un film pouvait être une bonne occasion de faire bouger les choses. » Fernando Meirelles place beaucoup d'espoir en son film. "The Constant Gardener" doit mettre en lumière la toute-puissance du lobby pharmaceutique et permettre aux pays pauvres – et donc sévèrement touchés par les virus les plus destructeurs- de produire des médicaments génériques librement, sans que les grandes compagnies ne viennent leur mettre des bâtons dans les roues. Voici pour la note d'intention. Le résultat est quelque peu différent.

Réduire "The Constant Gardener" a une simple dénonciation du lobby pharmaceutique, ce serait en faire un documentaire. Et même si le film en a l'apparence (caméra à l'épaule, image volontairement floue, plans très serrés des protagonistes,…), "The Constant Gardener" est bel et bien un film. Un thriller même. Tessa, la femme de Justin, diplomate britannique, a été assassinée au Kenya, lors d'une campagne humanitaire. Son mari se lance alors dans une enquête pour démasquer les coupables de ce meurtre et accessoirement le terrible secret découvert par sa femme.

Le film, adaptation d'un roman de John le Carré, un des grands noms du thriller, se doit de respecter les codes du genre. "The Constant Gardener" doit créer le suspense, apporter progressivement les réponses aux multiples questions soulevées et guider le spectateur jusqu'au dénouement final où toutes les apparences volent en éclat, où toutes les zones d'ombre sont soudainement éclairées. Sur ce plan, le film est une réussite. Le suspense se développe crescendo, des premières minutes où le personnage de Tessa, pas encore familier, n'est déjà plus de ce monde, aux dernières minutes, superbe séquence dans laquelle l'élégant Ralph Fiennes se retire à l'endroit même où sa femme a trouvé la mort. Au milieu, une série de flash-back, insérés dans l'enquête de Justin, rappelle un amour passé toujours aussi vif et créé artificiellement le suspense en apportant les réponses au moment choisi, pas avant, pas après. "The Constant Gardener" est un thriller maîtrisé. Mais un thriller impose beaucoup trop de règles pour laisser de la place à la satire.

Fernando Meirelles manque quelque peu son objectif car la condamnation du lobby pharmaceutique manque de lyrisme, de puissance. On aurait aimé découvrir les rouages du phénomène, les basses manœuvres des puissants qui ont, dans leurs mains, une partie de l'avenir du continent africain. Réaliser un thriller et le coupler à un propos politique fort, c'est possible. Michael Mann l'a fait avec brio dans "Révélations", chef d'œuvre qui dénonçait le pouvoir de l'industrie du tabac.  Mais Fernando Meirelles n'a pas (encore) le talent de Michael Mann. Peut-être passe-t-il trop de temps à contempler les paysages du Kenya et du Soudan, les vols de flamants roses au-dessus des grands lacs, les petits kenyans qui courent après les voitures des humanitaires. Cela donne pourtant tout son charme à "The Constant Gardener", et contribue à construire l'atmosphère à la fois délicate et oppressante du film.

Meirelles ne retrouve pas la puissance de sa précédente production, La Cité de Dieu, qui traitait du problème de la violence dans les bidonvilles brésiliens. Ce qui ne revient pas à dire que "The Constant Gardener" est un thriller quelconque. Il a le mérite d'attirer l'attention sur les assassinats en masse que commettent les industries pharmaceutiques, il a le mérite de proposer un scénario bien construit, bien écrit. Il a également le mérite de nous emmener dans un voyage dont nous ne ressortons pas tout à fait indemnes.

Auteur :Matthieu Deprieck

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