6 décembre 2021
Critiques

The French Dispatch : Une lettre d’amour au journalisme

Par Alexa Bouhelier Ruelle


La fiction imite la réalité avec ce nouveau film par Wes Anderson. Une lettre d’amour au magazine littéraire tel que le New Yorker. « The French Dispatch » met en scène ses journalistes comme des héros, non pas de façon solennelle comme dans « Spotlight » ou « Les Hommes du président », mais avec une certaine légèreté. Un film morcelé en chapitres. Chacun représentant un article publié dans ce nouveau et dernier numéro du magazine du même nom.

Ce dixième film de Wes Anderson est, visuellement, remarquable. Chaque séquence est méticuleusement construite. L’attention aux détails est d’une exactitude à couper le souffle. Évidemment on n’en attend pas moins d’un film d’Anderson. Après tout, c’est cette magie que l’on vient chercher. Toutefois, « The French Dispatch » en abuse un peu. En insistant trop sur l’intelligence de son créateur sans jamais nous donner beaucoup plus d’émotion en retour.

En effet, l’ensemble du casting s’assure que l’humour d’Anderson apparait réaliste et humain. A la tête de cette fine bande de journaliste on retrouve ‘le Parrain’ : Bill Murray. A ses côtés, quelques acteurs, comme Frances McDormand, arrivent à garder un soupçon de personnalité propre, évitant de se faire écraser par les dorures du film. Mais, malheureusement, trop finit par trébucher. Le réalisateur demande souvent des performances plates à ses comédiens tout en étant à la fois sensible. Voilà qui neutralise tout style individuel. Pourquoi avoir un casting avec des acteurs aussi intéressants et uniques pour les faire rentrer dans le même moule ?

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Lyna Khoudri, Frances McDormand et Timothée Chalamet - Copyright The Walt Disney Company France

L’intérêt que porte Wes Anderson pour ce type de reportage et d’écriture journalistique est touchant. Cependant, l'âme globale ne se reflète pas toujours dans les différentes vignettes créées par l’auteur. Par conséquent, le spectateur se retrouve devant un film ou le décor se révèle être plus intéressant que les personnages eux-mêmes.

S’associant encore une fois avec le directeur de la photographie Robert Yeoman et le chef décorateur Adam Stockhausen, Anderson utilise tous les outils à sa portée pour transformer cette ville d’Ennui-sur-Blasé en un univers presque enchantée. Le tout étant accompagné par la musique d’Alexandre Desplat. Même avec toute cette construction exquise, « The French Dispatch » ne suscite pas vraiment d’émotion. Cette dernière qui transformerait le film en bien plus qu’un simple exercice intellectuel.

Ce nouveau long-métrage se termine sur une dédicace à quelques légendes du New Yorker. Toutes se sont battues pour faire du métier de l’édition et du journalisme une profession noble, considérant un reportage avec le même sérieux qu’un roman. De plus, le fait que le magazine en question ferme ses portes révèle aussi l’inquiétude du réalisateur envers la presse écrite et cette tradition littéraire qui peut à peu s’évapore.

Avec « The French Dispatch », aussi léger que cela puisse paraitre, Wes Anderson à raison de vouloir célébrer cette génération qui a élargi notre idée du journalisme. Ces reporters trouvaient de la poésie dans les rues et des héros en marge. Ils défiaient les règles établies. Ils représentaient une nouvelle vague tout aussi influente que celle qui a déferlé sur le cinéma au même moment. Aujourd’hui, nous en sommes rendus à courir après des ‘clicks’ et des ‘j’aime’ en tout genre. Une bien mauvaise direction, n'est-ce pas ?

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