19 septembre 2020
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The Ghost Writer : Addictif !

Il avait déçu avec le morne "Oliver Twist", frustré avec un "Pianiste" bien classique... Revoici enfin le Roman Polanski du siècle dernier avec "The Ghost Writer", un cinéaste libre - sans mauvais jeu de mots - et retors, capable de partir d'un genre a priori balisé pour accoucher d'oeuvres singulières et toujours déviantes, que cela soit perceptible ou non.

"The Ghost Writer" s'inscrit parfaitement dans cette mouvance, sa façade de thriller politique ouvrant sur un panorama absolument étourdissant. Soit une percée dans les tréfonds de l'âme humaine à travers l'histoire de ce ghost writer - c'est tellement plus joli que nègre, si nos académiciens pouvaient y faire quelque chose ils prouveraient enfin leur utilité - chargé de réécrire la biographie d'un ancien Premier Ministre britannique suite à la mort du précédent nègre - grrr.

A priori, tout peut faire peur dans "The Ghost Writer"". La présence au générique du planplan Pierce Brosnan, de la clinquante Kim Cattrall, de l'inintéressante Olivia Williams. Au final, peu importe, d'abord parce que Polanski a toujours été un grand directeur d'acteurs, et parce que malgré leur temps de présence à l'écran la plupart des personnages secondaires n'apparaissent au final que comme des pantins.

Comme l'indique son titre, le film tourne principalement, pour ne pas dire uniquement, autour de cet écrivain incarné par Ewan McGregor, véritable machine à recréer qui se trouve subitement pris au piège de sa propre curiosité. Le plus fascinant ici, c'est la façon qu'a le cinéaste de donner une impression d'enfermement dans les scènes d'extérieur... et réciproquement. Le tout par le biais d'une mise en scène élaborée qui tire excellemment profit de décors quasiment inédits. Et notamment cette maison pourvue de baies vitrées si gigantesques que les murs semblent parfois disparaître, comme s'il s'agissait toujours de faire apparaître la face cachée des choses.

Mais revenons au personnage de McGregor, qui prend décidément un peu plus d'ampleur à chaque film : après des débuts forcément timides et un semblant de face-à-face avec un Brosnan tout de même pas mauvais, le ghost writer va finalement se transformer en une sorte d'enquêteur solitaire et paranoïaque, dans une sorte de remake minimaliste mais convaincant des "3 Jours du Condor". La mutation de ce héros dirige celle d'un film de plus en plus insaisissable donc de plus en plus passionnant, qui fascine non seulement par sa scénographie mais également par la conduite de son récit.

Voilà un véritable film d'intrigue, d'autant plus addictif qu'il assume pleinement ce statut. On est fréquemment bien en peine de deviner de quoi sera faite la scène suivante, et c'est un plaisir absolu de ce faire balader par ce très grand monsieur qu'est Roman Polanski, vieux grigou qu'on espère revoir tôt ou tard derrière une caméra. Même si quitter définitivement son art sur un dernier plan aussi parfait constituerait le plus beau des adieux.

Auteur :Thomas Messias
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