13 décembre 2019
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The Ghost Writer : L’ombre de Roman

 "The Ghost Writer" provoque une étrange sensation chez celui qui le voit et qui est au courant de l'actualité de Roman Polanski, à peu près tout le monde sauf ceux qui vivent dans des grottes. Sans tomber dans le fantasme en donnant au cinéastes des capacités de devin, on ne peut tout de même pas s'empêcher de voir des similitudes entre l'histoire des différents protagonistes du film et l'arrestation brutale et récente du réalisateur.

En adaptant « Les hommes de l'ombres » de Robert Harris, Polanski met en place un thriller politique des plus prenants mené avec brio par Ewan McGregor avec l'aide du très classe Pierce Brosnan. Le premier, dans le rôle du nègre désigné pour écrire les mémoires de l'ancien Premier ministre anglais, et le second dans le rôle du dirigeant politique. Jusque là rien de très troublant dans la similitude entre la fiction et la réalité.

C'est dans le développement de l'histoire que vont commencer à apparaître des parallèles troublants. Dans un premier temps le personnage d'Ewan McGregor doit se rendre dans la résidence surprotégée de l'ancien dirigeant pour travailler sur ses mémoires. Rapidement le film prend presque des allures de huis clos et cette villa devient une prison dans laquelle notre personnage principal se voit contraint de demeurer.

Le parallèle se fait alors facilement entre cette situation et celle du réalisateur coincé dans sa résidence de Gstaad par ordre judiciaire. Dans un deuxième temps, c'est le personnage du Premier ministre qui doit faire face à ses actes commis dans le passé qui ressurgissent soudainement et de façon inattendue.

L'identification du réalisateur au personnage devient alors plus qu'évidente. Toutefois, "The Ghost Writer" est bien plus que ce simple parallèle relevant plus d'une théorie digne d'un Jean Marie Bigard plutôt que d'un vrai travail de critique. Certes, ces éléments donnent une autre résonance au film mais qui n'est dû qu'au hasard de la vie.

"The Ghost Writer" est, avant tout, un très bon thriller flirtant avec le polar. Sur la base d'un scénario assez conventionnel pour le genre, Polanski met en scène une intrigue qui tient le spectateur en haleine du début à la fin. Avec son sens du montage et de la prise de vue, le cinéaste réalise un film qui ne tourne jamais en rond et qui, sans être une incessante suite de rebondissements, arrive à se renouveler pour surprendre jusqu'à la fin.

La seule chose qui pourrait faire du mal à "The Ghost Writer" c'est son sujet qui est tellement ancré dans l'actualité géo-politique qu'il pourrait empêcher le film de traverser les générations. En effet, sur la fin des années Bush/Blair, on ne comptait plus les films traitant de la guerre en Irak ou des interventions occidentales au Moyen-Orient. Maintenant que ces années sont révolues, l'heure est au bilan mais aussi au jugement. Lorsque le personnage de Pierce Brosnan est assigné face à la justice pour ses décisions pendant le conflit c'est bien Tony Blair qui est jugé pour ses actes. Cela évoque bien des choses pour les spectateur d'aujourd'hui mais, dans 30 ans, le message de Polanski aura t il la même force ?

Ce qui est acquis est que "The Ghost Writer" est un véritable pied-de-nez de la part du réalisateur à ceux qui l'attaquent et malgré sa situation, hélas regrettable, il montre qu'il n'a pas dit son dernier mot et qu'il sait toujours faire un aussi bon cinéma qui risque de rassembler de nombreux spectateurs dans les salles.

Auteur :Florent Capoen
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