25 janvier 2021
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The Good German : Entre gris clair et gris foncé

Soderbergh n'a pas son pareil pour nous surprendre, c'est un fait. L'homme est en effet capable de nous divertir avec les "Ocean's" –numéro au choix- », de nous filer le mouron avec "Traffic" pour aussitôt nous redonner l'espoir avec "Erin Brockovitch".

Il peut aussi nous envoyer aux confins du système solaire où la philosophie règne, le tout sans sourciller ou sans même que l'on doute de ses capacités à sauter d'un genre à l'autre selon le sens du vent (en général, à contre-sens des autres productions hollywoodiennes).

Avant-dernier exercice de style en date : "Bubble", ou comment sortir un film sur les écrans et simultanément sur Internet, avec des acteurs amateurs improvisant les scènes au bon vouloir.

Dernier exercice en date : "The Good German", ou comment faire un film « old fashion » avec les techniques datant d'il y a 60 ans (lumières incandescentes, micro-perches, mate paintings pour les décors de fond, etc…), sur un scénario teinté politique d'après guerre.

Problème : comment intéresser un public que la technique cinématographique pure laisse dubitatif, et le faire accrocher à une intrigue politico-sociale fouillée, climat post-Seconde Guerre mondiale ? Sur ces points, Soderbergh rend copie blanche.

Certes, on pourrait palabrer des heures entières sur l'approche du film noir, les références aux classiques (dont "Casablanca", "Le Troisième Homme" et une bonne partie des Hitchcock) que le réalisateur nous propose, mais à force de vouloir soigner son œuvre, il met trop vite de côté l'histoire même, voire la direction d‘acteurs.

Aucune réelle intention de raviver une page d'Histoire dans son récit, pas plus que de souligner le climat incertain, "The Good German" boitille de scène en scène, faute à une intrigue inutilement labyrinthique qui mêle maladroitement histoire d'amour, thriller et complot politique.

Beau dans sa forme, confus dans son fond, "The Good German" tente de repêcher les spectateurs non-insensibles au talent de George Clooney, or le pauvre George semble encore plus perdu que nous, traitant une mine grisâtre et totalement inexpressive jusqu'au final, final dans la plus pure tradition des films de Brian De Palma (de gros emprunts à "Blow Out").

Cate Blanchet joue les Ingrid Bergman du pauvre, reste Tobey Maguire qui remonte le niveau d'interprétation durant une première demi-heure dans son rôle de petit arnaqueur frustré et colérique.

On peine réellement à suivre cette cohorte de personnages tous mus par leur propre égoïsme et leur propres ambitions, alors que le cadre (Berlin morcelée) et les thèmes annexes rappelés par l'intégration d'images d'archives dans le montage, restent comme figés dans l'inconsistance même du récit (quid des autres allemands ? de la présence russe pourtant annoncée à l'écran ?).

Il faudra du temps à ce « bon allemand » pour faire ses preuves, convaincre, et éventuellement enthousiasmer public comme critiques. Soderbergh emprunte une voie que lui seul semble apprécier à sa juste valeur, et sans nul doute son film eut été un carton dans les salles d'il y a un demi-siècle.

A l'heure actuelle, il y a fort à parier que les nostalgiques des grands classiques noir&blanc et les spectateurs un tant soit peu curieux seront vite désabusés par cet vaine tentative de ressusciter un genre.

Auteur :Julien Leconte

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