26 février 2021
Critiques

The Happy Prince : Rupert Everett est né pour jouer Wilde

La critique du film The Happy Prince

Par Alexa Bouhelier Ruelle


Il n’y a aucun doute sur le fait que Rupert Everett s’épanouie dans les pièces d’Oscar Wilde. Ayant joué le célèbre altère ego de l’écrivain dans « L’Importance d’être Constant » ou « Un Mari idéal », ayant aussi repris le rôle même de Wilde à Londres, dans la pièce autobiographique « The Judas Kiss ». A part embaucher un nécromancien pour faire renaître le fantôme d’Oscar Wilde lui-même, on ne pourra pas faire mieux qu’Everett.

Contrairement à la pièce de David Hare, Rupert Everett se frotte aux dernières années de la vie de Wilde, alors si vous n’êtes pas au point sur ses plus jeunes années, avant sa chute en disgrâce, ouvrir sa page Wikipédia serait une bonne idée. Tout comme Alan Turing, Oscar Wilde est une des plus célèbre victime d’homophobie institutionnelle.

Rupert Everett écrit, réalise et joue dans le film se focalisant sur la chute de l’écrivain et la bataille pour retrouver sa dignité, après avoir perdue sa famille, son statut, son argent et sa santé, contre la cruauté de son inculpation pour indécence dans les années 1890. Everett est phénoménal, trouvant naturellement sept façons différentes de jouer Wilde, mettant de cotés les clichés habituels pour trouver un personnage généreux et narcissique à souhait.

Les fans apprécieront l’attention aux détails : les différentes narrations des personnages gravitant autour de Wilde, son amant Bosie n’est pas dépeint par Colin Morgan comme le lunatique que l’on peut trouver dans certaine biographie. La conversion au Catholicisme de Wilde sur son lit de mort, est prise avec des pincettes, alors qu’à l’époque l’évènement avait choqué tout le Royaume-Uni.

Rupert Everett a clairement fait ses devoirs sur le sujet, quelques fois presque trop bien. Par exemple, quand Wilde met tellement de temps à mourir que l’on peut presque imaginer le fantôme de l’écrivain revenir pour le prier d’en finir au plus vite et pouvoir se rendre au bar boire une absinthe. Pendant toutes ces années, Everett nous a caché de solide talent de réalisation, avec son directeur de la photographie John Conroy, ils créé une esthétique cristalline que de simple débutant ne pourrait jamais atteindre.

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Rupert Everett dans The Happy Prince.

Rupert Everett s’est tout d’abord fait connaitre dans les années 1980 pour son look de gendre idéal dans des films d’époques Britanniques comme "Un Crime pour une passion", "Histoire d’une trahison" et "Étrange Séduction". Après son succès dans "Le Mariage de mon meilleur ami" en 1997, Everett a fait son coming-out, et cela bien avant que ce soit accepté. Il devient alors, un provocateur.

C’est grâce à ce parcours que Rupert Everett arrive à transcrire le charisme et la colère d’Oscar Wilde à l’écran. Mais le vrai miracle de « The Happy Prince » réside dans la compréhension qu’a le réalisateur de l’humour et des codes du cercle social dans lequel évoluait Wilde. Dans une des scènes les plus importantes du film Robbie Ross (Edwin Thomas) définit Wilde comme un « masochiste professionnel », Everett répond avec une réaction tout à fait old-school : en écarquillant les yeux comme pour dire « Touché ! », « Comment oses-tu ? » et « j’adore ! » tout cela à la fois.

Cette façon d’échanger entre homme gay est maintenant au bord de l’extinction, mais si importante à préserver dans cette adaptation de la fin de vies d’un des plus célèbres martyrs. Everett est aussi parfait lors d’une scène de poursuite, culminant dans une église où Wilde fait face à une bande d’hooligans et les accuse « d’hypocrisie typiquement britannique ».

Le mot hypocrisie est important ici. La société était prête à tourner le dos à l’homosexualité si celle-ci était accompagné de secret et de honte. Il n’existait aucune objection immédiate au sexe entre hommes ou femmes de même sexe avec des personnes d’un rang plus modeste, leur secret pouvaient être acheté facilement.

Le réalisateur donne à son film toutes les caractéristiques nécessaires au film d’époque, dans un budget limité, en offrant des visuels spectaculaires. Une notion d’injustice traverse le film de part en part, comme une rivière à l’eau polluée et qui traverse les siècles de surcroît. En conclusion, "The Happy Prince" est une lettre d’amour pour Oscar Wilde, écrite par un acteur et réalisateur née pour jouer ce rôle.

Auteure : Alexa Bouhelier-Ruelle

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