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The Hours : Pompeux et pompier

Avec "The Hours", On sent bien que les américains sont en train de tout faire pour formater leurs films récents pour les Oscars. Alors il faut du film de "prestige" , excusez les gros guillemets... Soit on nous colle du strass partout, que ça en devient indigeste (Chicago), soit on nous enrobe une histoire d'une banalité affligeante avec un peu de ce qui veut ressembler à une caution littéraire (ici Virginia Woolfe).

Alors là tout de suite, ça sent le film intellectuel, ou plutôt ça voudrait... "Shakespeare in Love" n'avait de Shakespearien que son titre (et nous rappelle le peu de crédit qu'il convient de donner aux Oscars, puisqu'il avait été récompensé alors que "La Ligne Rouge" repartait bredouille).

De même, "The Hours" n'a de lien avec la grande littérature que dans l'évocation de Virginia Woolfe qui traverse le film. Seulement, il faut plus que de coller un faux blaze à une scientologue pour donner une dimension littéraire à un film. Et puis, le simple fait de jouer avec une prothèse nasale ne justifie certainement pas les éloges démesurées de Nicole Kidman qu'on a pu lire ça et là...

Mais c'est bien le problème, l'éternel problème. Parlez d'un écrivain, on dira que votre film est littéraire (et la critique française, pour une large part, tombe dans le panneau). Faites jouer des femmes et on dira que vous faites un film féministe. Montrez les en crise et on écrira que vous racontez les velléités d'émancipation de trois femmes vis-à-vis du joug masculin à travers différentes époques.

Or, "The Hours" n'est pas un film féministe puisqu'il n'ose tout simplement pas prendre le problème à bras le corps. Ce qui aurait en effet pu être un film bouleversant sur les destinées de trois femmes en quête de liberté totale prend, du coup, des airs de chronique d'un petit mal de vivre bourgeois. Le problème de fond qui aurait donné toute sa dimension au film n'est même pas refoulé, il a été tellement étouffé, gommé, qu'il est inexistant.

Et puis, au passage, on nous sert un discours des plus douteux sur l'homosexualité. Comme dans de nombreux autres films, elle est distraction de bourgeois qui s'ennuient, d'une part, et, plus grave, elle apparaît comme dernier recours, expérience extrême lors d'une crise dépressive. Ou alors, elle est synonyme de mort. Le traitement de l'homosexualité dans ce film est à la fois consensuel et symptomatique du fait que le film, soucieux de ne pas parler de la véritable cause du malaise de ces femmes, essaye de trouver, maladroitement, d'autres aspects supposés négatifs de leurs vies.

Enfin, on peut évoquer la réalisation d'une finesse, comment dirais-je, pachydermique. Il ne suffit pas de filmer des femmes faisant les mêmes choses dans des espaces-temps différents, ou de l'eau surgissant de sous un lit pour rappeler lourdement le lit de la rivière dans laquelle Virginia Woolfe se noie, pour prétendre au rang de réalisateur virtuose...

De même, et on en revient toujours au problème d'un film qui n'ose pas parler de son vrai sujet, filmer pendant de longues minutes une femme qui pleure, c'est bien quand on a eu le courage de montrer, en finesse, les raisons de son désespoir. Dans le cas contraire, ça devient une longue, longue, longue scène de femme qui pleure; rien d'autre... On avait connu un Daldry bien plus à l'aise avec un sujet pourtant "difficile" dans "Billy Elliott".

Bref, si vous aussi vous en avez assez de vous laisser berner par les films à oscars, réalisés uniquement pour faire croire au reste du monde, pendant les mois qui précèdent la cérémonie, que les studios hollywoodiens ne font que du film "intellectuel et prestigieux qui parle de problèmes profonds", passez donc votre chemin.

N'importe quelle scène du nouveau Spike Lee, "La 25ème heure" (par exemple cette scène de 15 secondes pendant laquelle Norton va embrasser son amie au petit matin) est plus chargée d'émotions pures que les 2 heures de ce film pompeux et pompier.

Auteur :Benjamin Thomas
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