28 février 2020
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The Informant ! : Manque de punch

"The Informant", ou l'anti "Révélation". Les points communs entre le film de Michael Mann ("Révélations" / 2000) et le dernier film de l'hyperactif Steven Soderbergh sont nombreux. Tous deux racontent ainsi l'histoire d'un salarié, cadre-dirigeant, qui se met en tête de faire chuter son employeur, une multinationale (du tabac chez Mann et de l'agro-alimentaire ici). Par ailleurs, dans chacun des films, les interprètes ont choisi de mettre quelque peu à mal leur ligne et de prendre quelques kilos supplémentaires (sans doute que pour se sentir à l'aise dans la peau d'un cadre américain, il faut forcément passer par le régime Mac Do) Néanmoins, force est de constater que la comparaison s'arrête là.

En effet, le moins que l'on puisse dire c'est que les deux réalisateurs ont opté pour une approche totalement différente et qu'en décidant de faire de son Informant une comédie, Soderbergh aborde cette histoire d'une manière pour le moins originale. Dès le carton du pré-générique, Soderbergh donne le ton de son film. Il n'a pas vraiment envie de prendre très au sérieux cette nouvelle histoire « à peu près vraie » de scandale ayant impliqué une des grandes sociétés américaines - d'ailleurs, entre "Thank You for smoking", "Erin Brockovich", les films de Michael Moore ou le "Révélations" précédemment cité, c'est carrément un genre à part entière qui est en train de naître à Hollywood.

De la première à la dernière image, le cinéaste palmé à Cannes il y a déjà vingt ans, n'a de cesse de ridiculiser toujours plus son personnage. Ainsi, le sourire niais qui reste au coin de la bouche de Mark Whitacre, n'est pas sans rappeler certains des ridicules personnages des frères Coen. Néanmoins, la légèreté du film donne l'impression que Soderbergh ne s'est en fin de compte pas vraiment intéressé à son histoire et, problème plus grave, ne nous donne pas non plus toutes les clés de compréhension de l'histoire, si bien que nous nous perdons régulièrement dans les méandres des mensonges de Whitacre. Certes, l'on pourrait me rétorquer que c'est pour montrer que Whitacre lui-même s'égare dans ses mensonges, mais force est de constater que l'intérêt pour le film s'amenuise progressivement.

Sans doute qu'au rythme de deux longs-métrages par an en moyenne, les films de Soderbergh peuvent par certains côtés, sembler quelque peu bâclés. On se souvient par exemple d'un "The Good German" qui nous avait laissé un peu le même goût d'inachevé en bouche. Reste qu'entre un Matt Damon impeccable en parfait nigaud et une pléiades d'excellent second rôles du-genre-de-ceux-que-l'on-a-déjà-vu-vingt-fois-mais-dont-on-ne-se-rappelle-jamais-le-nom, Soderbergh nous rappelle une fois de plus qu'il excelle dans la direction d'acteurs.

Peut-être pourrions-nous conseiller à Soderbergh de privilégier dorénavant la qualité à la quantité afin de nous resservir enfin un nouveau "Traffic".
Auteur :Loïc Gourlet
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