Critiques

The Lobster : La critique

"The Lobster" est le premier film tourné en anglais de Yorgos Lanthimos. Il se déroule sur les terres irlandaises où évoluent humains, animaux et histoires d'amour étranges. Une nouvelle fois, le réalisateur s'attache à la thématique des relations humaines et cette fois-ci plus particulièrement à la relation amoureuse et à la notion de couple telle qu'on pourrait la concevoir dans notre société.

Ne vous attendez pas à visionner une réflexion poussée sur le couple et l'amour entre deux êtres, aucune réponse n'est donnée et aucun parti n'est pris. Sauf peut-être celui de vous mettre mal à l'aise. "The Lobster"" vous pousse à vous faire votre propre idée de ce que vous voyez, à comprendre ce que vous avez décidé de comprendre. D'emblée, la manière de jouer des acteurs prête à confusion et vous trouble au plus haut point, jusqu'à se demander si Colin Farrell et Léa Seydoux ne se paient pas un peu nos têtes. Aucun prénom ni nom n'est donné dans le film, il y a juste cette façon d'interpréter qui n'est évidemment pas une énorme erreur de casting généralisée mais bien un des fameux rouages de cette science-fiction.

Au commencement, les amoureux déchus ou veufs sont rassemblés au sein d'un hôtel et doivent rapidement rencontrer à nouveau l'amour sous peine d'errer dans la nature en tant que solitaire et d'être potentiellement tué, c'est pourquoi chacun s'efforce de nouer le dialogue avec un ou une prétendant(e). Leurs paroles sont alors énoncées avec si peu de naturel et si peu d'entrain que les scènes en sont terriblement comiques et très angoissantes. L'acteur se retrouve à ne plus jouer, comme s'il récitait un texte sortit de nulle part et qu'il niait sa personne ainsi que l'histoire qu'il joue. Tout en étant nié à la base par son absence d'identité.

Le film pose probablement cette question : que représente le fait de se mettre en couple pour nous-mêmes et aux yeux des autres ? Sinon de se raconter à soi-même et à l'autre les éternelles histoires (mensonges ?) comme les points communs et les anecdotes. Un passage obligé, une ultime soumission ou un magnifique acte de don de soi ? Chaque type de relation semble être représentée à l'extrême dans le film et ce avec beaucoup de violence et de sang, comme avec les saignements de nez à répétition et le meurtre barbare du chien de Colin Farrell qui doit s'efforcer de ne pas réagir afin de pouvoir sauver son couple.

Car il faut bien le dire, "The Lobster" n'est pas un film gentillet sur l'amour, il n'hésite pas à écorcher des visages, à tuer et à mutiler. Une violence qui va de pair avec l'ambiance extrêmement pesante et dérangeante du film qui malheureusement s'essoufflera dans la deuxième partie pour laisser place à un point de vue et un décor différents. Mais en effet, cette coupure entre le monde de l'hôtel et celui de la forêt, au niveau de la moitié du film, a été pour moi une assez grosse déception car l'atmosphère change du tout au tout et l'on ne parvient pas à retrouver ce côté malsain du début. De plus, certaines incohérences viennent s'y glisser, notamment le fait que les solitaires errent en paix sans être tués et aussi que les visites en villes ne soient pas expliquées et restent assez floues. Même si cette deuxième partie est la plus étudiée au niveau du scénario et la plus gore également, elle représente une grosse frustration. Pour sauver cette seconde moitié, et sans ne rien dévoiler, la scène finale apparaît comme assez prévisible mais en même temps complètement énigmatique et donne à réfléchir. A vous de voir.

Une chose est certaine, tout le long du film, la photographie est à couper le souffle et la mise en scène très originale et enivrante. S'il fallait en retenir une, ce serait la scène tournée au ralenti où les chasseurs s'élancent dans la forêt avec une sorte de musique onirique en fond. La bande originale est d'ailleurs très réussie tout en étant généralement d'une grande simplicité mais il ne fallait rien de plus. La musique du générique de fin mérite toutefois de s'attarder sur son siège.

Filmé à la lumière naturelle, les acteurs sans maquillage, "The Lobster" approche la perfection visuellement mais l'ambiance initiale ne tient pas les deux heures et les longueurs parviennent à s'immiscer. Il est néanmoins le petit ovni du mois à ne pas rater. Avec un casting tout aussi alléchant que surprenant, de Rachel Weisz à Colin Farrell en passant par Olivia Colman et Ashley Jensen, il mérite amplement le détour. A voir seul ou accompagné.
Auteure :Mélanie Lecoeuvre
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