Critiques

The Monuments Men : Quelle déception !

Déjà le cinquième long-métrage pour George Clooney réalisateur avec "The Monuments Men", qui, après s'être frotté au thriller biographique ("Confessions d'un homme dangereux"), à la comédie sportive ("Jeux de dupes") et aux films politiques ("Good Night, and Good Luck", "Les Marches de pouvoir"), s'attelle aujourd'hui au projet ambitieux de "The Monuments Men", un drame historique inspiré de faits réels. Une fois n'est pas coutume, George Clooney se retrouve derrière et face caméra, aux côtés de ses vieux complices Matt Damon, John Goodman, Bill Murray, Bob Balaban et Cate Blanchett, et de son nouveau meilleur ami, Jean Dujardin (remember la photo culte des Oscars 2012). Pitch en or – une authentique chasse au trésor menée tambour battant durant la Seconde Guerre Mondiale – casting de luxe, équipe technique prestigieuse, bande-annonce alléchante annonçant un mix enthousiasmant entre "Inglourious Basterds", "Argo" et "Ocean's Eleven" … en somme, les appâts parfaits pour pêcher des Oscars.

Programmée aux Etats-Unis en plein rush de l'« Oscar Season », la sortie du film est finalement repoussée au 1er trimestre 2014 à la surprise générale. Officiellement car Clooney souhaite bénéficier de plus de temps pour peaufiner la post-production (bande-originale, effets spéciaux notamment) ; officieusement, il se murmure que ça sent un peu le roussi. A l'arrivée, le désenchantement est hélas total et instantané dès la sortie de projo car disons-le tout de go, "The Monuments Men" est une cruelle déception.

Premier vilain défaut : le film de Monsieur Nespresso, adapté de l'essai Monuments Men de Robert M. Edsel par ses bons soins et ceux de son ami Oscarisé Grant Heslov, est plutôt mal écrit. Que ce soit à travers la caractérisation sommaire des personnages (introduction brouillonne des membres de l'escadron et grande peine pour retenir leur nom), la narration éclatée catastrophique (dispersion des soldats à peine après avoir été engagés) ou l'approche didactique et explicative (une voix-off professorale agaçante). Du coup on a l'impression de vignettes déconnectées plus que d'une réflexion construite sur le rôle de l'art dans nos sociétés ou le côté trans-genre malvenu (scénario trop hésitant dans le ton à aborder, humour et gravité ne faisant pas bon ménage ici), il n'y a malheureusement pas grand chose à sauver sur la forme de retranscription de cette chasse au trésor.

Engoncés dans le respect du sujet et/ou perdus dans une démarche – pourtant honnête et ambitieuse – de s'inscrire dans la lignée d'œuvres cultes telles que "Le Pont de la Rivière Kwaï" (David Lean), "Le Train" (John Frankenheimer) ou "Les Douze Salopards" (Robert Aldrich), le tandem Clooney et Heslov s'égare. Dommage puisque le sujet est pourtant d'un grand intérêt. Du moins, sur le papier. Alors oui, on aperçoit des tableaux, des sculptures, des œuvres, mais George Clooney effleure à peine le thème central. Pis encore, il vient occasionnellement plaider la cause de l'art de façon très appuyée, un peu comme s'il ne prenait le public pour un ignare incapable de croire aux vertus de l'art.

Deuxième gage : "The Monuments Men" ne casse vraiment pas des briques côté réalisation : à l'instar du récit, la mise en scène est fichtrement plate et vraiment dénuée d'incarnation. "The Monuments Men" est, certes, correctement réalisé, mais on attendait bien mieux de la part de l'auteur de "Good Night, and Good Luck" et "Confessions d'un homme dangereux", films esthétiquement engagés. Quant à la partition d'Alexandre Desplat, elle paraît clairement inadaptée, composée tantôt de clairons patriotiques pompeux et sirupeux, tantôt d'une mélodie rappelant Mondy, Lefebvre et leur 7ème compagnie.

Troisième exaspération : le casting. Entre caméos inutiles (le compositeur Alexandre Desplat, le papa de George Clooney, le réalisateur français Michel Hazanavicius, ou encore le scénariste Grant Heslov himself), mistcasts (Cate Blanchett, fraîchement sacrée meilleure actrice aux Oscars, dans la peau d'une résistante française oubliée, Jean Dujardin qui met atrocement mal à l'aise) et les compères George Clooney (en historien de l'art) et Matt Damon (en architecte) qui affichent leurs bouilles de la pub Nespresso, on ne peut pas dire que ça vole très haut. Seuls acteurs à réellement tirer leur épingle du jeu : Bill Murray, John Goodman et Bob Balaban, tous trois parfaits, comme toujours, et formant un trio attachant.

D'abord chéri par l'Academy, "The Monuments Men" a commencé à subir un petit backlash peu de temps avant l'Oscar Season (décalage de sa sortie us). On comprend désormais pourquoi, le nouveau long-métrage de l'acteur cinéaste Clooney est en effet une œuvre mal ciselée, qui n'aurait certainement écopé d'aucune nomination. Un film décousu qui aurait sans doute gagné à exploiter davantage son sujet en or et sa belle brochette d'acteurs. De même, on regrette que Clooney se soit contenté de si peu sur le plan de la mise en scène et du scénario, qui ne répondent hélas jamais aux ambitions affichées.

Auteur : Robin Fender Tous nos contenus sur "The Monuments Men" Toutes les critiques de "Robin Fender"

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