Critiques

The Program : En mode échec

Que voilà un sujet riche en possibilités fertiles qu'un biopic sur Lance Amstrong, l'incontournable coureur cycliste et héraut du tour de France.

Avec le film "The Program", on découvre celui qui  fut successivement  l'un des sportifs parmi les plus adulés de la planète puis le plus décrié... Lorsque le couperet de la vérité tomba sur la réalité criarde qui ne cessait de hurler une évidence que tout le monde feignait ne pas entendre : M. Wonderful se dopait.

Et de toutes les questions soulevées par son histoire, c'est bien ce fascinant paradoxe qui émane de l'un des rise and fall les plus fascinants de l'histoire contemporaine: comment se constitue le mirage de l'autofiction avec le consentement du public, pas dupe vis-à-vis des exploits du monsieur, mais prompt à se laisser frapper d'aveuglement volontaire jusqu'à ce que les circonstances lui commandent d'ouvrir les yeux ?

Par quels moyens pérenniser un mensonge aussi flagrant à l'ère de l'ultra-conscience des spectateurs, notamment vis-à-vis des mœurs discutables du sport de haut niveau ?

Une question à laquelle malheureusement Stephen Frears, qui avait pourtant déjà traité de l'arbitraire de la notion d'héroïsme et sa perversion par l'utopie médiatique dans "Héros Malgré Lui", ne répond jamais vraiment.

Extrêmement scolaire dans sa construction, "The Program" échoue constamment à construire son personnage en dehors des images d'Epinal que tout le monde a appris à apprivoiser, malgré la performance habitée du toujours excellent Ben Foster.

Restant constamment à la surface des genres convoqués (success-story sportive, film d'investigation, portrait criminel), auxquels il emprunte les figures de style dans une logique d'accumulation purement factuelle à défaut de réussir à en extraire un point de vue, "The Program" paye en outre le tribut d'une fabrication approximative qui ne rend jamais justice à la saga qu'il dépeint.

Les cadrages d'un goût douteux côtoient ainsi un montage hésitant, qui essaye tant bien que mal de dissimuler son absence de réel parti-pris narratif derrière les caches-misères ancrés dans son époque (ce flash-back placé à la fin qui nous dévoile la version longue d'une scène située dans le premier acte, comme pour nous révéler une vérité qui n'avait pourtant échappée à personne).

Au fond, ce n'est pas tant le mythe Amstrong dont Frears aimerait signer l'épitaphe  que celui du paradigme idéologique l'ayant rendu possible: le triomphe de l'homme sur l'adversité, la célébration du mental face à la tempête, la transcendance physique dans l'effort et la douleur.

Bref, ce mythe civilisationnel récupéré par un homme en ayant fait l'outil de sa  propagande personnelle, quand lui même avait conscience que la médecine constitua son unique planche de salut quand son corps fut gagné par le cancer.

Une étape au combien fondatrice de sa destinée, et charnière d'un propos que le réalisateur aurait gagné à assumer comme la colonne vertébrale de son film, plutôt que d'agencer les périphéries dans l'espoir vain d'en produire un axe homogène.

Auteur :Guillaume Meral

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