12 novembre 2019
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The Punisher : Black is beautiful.

On se souvient le Punisher des années 80 avec Dolph Lundgren qui était à faire pleurer dans les chaumières... Aujourd'hui, Avi Arad rectifie le tir (enfin) avec cette nouvelle mouture qui voit apparaître Thomas Jane. Souvenez-vous, "Allumeuses", ou encore "Dreamcatcher"... Eh bien c'était lui. Mais, au cinéma, plus que tout ailleurs, il ne faut jamais sous-estimer la capacité d'un acteur qui ne joue que dans des mauvais rôles. La preuve avec Jane qui "épouse" son rôle du Punisher/Frank Castle (sans mauvais jeux de mots).

Ici donc, le spectateur est propulsé dans un monde corrompu où un flic essaie tant bien que mal de faire son boulot. Mais voilà, Frank Castle y laisse presque sa peau et surtout sa famille. C'est alors qu'il se met en colère. L'intensité du regard incisif de Jane a vraiment de quoi glacer le sang par moments et c'est une des forces indéniables de cette relecture du Punisher. Un autre point fort du film est sans conteste l'atmosphère entourant le personnage, qui évolue au fil de l'intrigue. Très ensoléillée et claire au début, la photographie bascule peu à peu dans la brume et la noirceur, rendant une image sale et saturée vers la fin du film. Une atmosphère qui va de paire avec un humour cynique qui fait froid dans le dos. Le face à face final entre Jane et Travolta, qui à son habitude, incarne désormais le très méchant on ne peut mieux, en témoigne... Je n'en dirai pas plus.

Cependant, nos amis les fans du comics pourraient reprocher au film de faire trop de compromis et donc de divaguer de temps en temps - les séquences où Castle sympathise avec ses voisins sont totalement injustifiées vu le propos. Mais voilà, c'est là tout le problème de l'adaptation d'une oeuvre. Il faut la rendre accessible. De plus, le Punisher de la bande dessinée est beaucoup plus violent et sans concession dans ses actes que celui projeté à l'écran. Mais Hollywood arrivera-t-il un jour à montrer ce niveau de barbarie ? Verra-t-on un jour le vrai visage du Punisher ? Non, car de par la philosophie du Punisher ("sic vis para bellum") et l'arsenal déployé qui en découle ici, on se situe d'ores et déjà très près d'un film de propagande pour groupes extrémistes ou tout simplement pro-NRA (la National Rifle Association, qui participe activement à la promotion de la vente d'armes aux USA). En d'autres termes, une telle violence, souvent sadique et perturbante (pour ceux qui se souviennent de "Cannibal Holocaust", le Punisher n'est pas très loin...) ne saurait être exprimée à l'écran.

Néanmoins, en jouant sur l'atmosphère et les émotions du personnage, le film prend une toute autre dimension. Il ne s'agit plus seulement de Frank Castle et sa vengeance nauséabonde, mais aussi d'un homme désespéré ayant perdu pied et tout contact avec la réalité. Après un Spiderman largement édulcoré pour faire passer la pilule chez un public adolescent, un Hulk bourré à l'EPO version Playstation 2 et un Daredevil fétichiste, il était temps de voir au moins un passage respectable d'une de ces bd américaines à l'écran. Et surtout, l'affront commis pas Lundgren, qui avait expédié l'adaptation du Punisher au rang culte de série Z à la Dolphie, peut désormais s'oublier... lentement, mais sûrement.
Auteur :Houmann Reissi
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