Critiques

The Ryan Initiative : Pâle alternative à Jason Bourne

Critique du film The Ryan Initiative

par Fred Teper

Créé par le romancier Tom Clancy, le personnage de Jack Ryan est déjà apparu dans quatre films et sous le visage de trois comédiens différents: Pierre angulaire du génial "A la poursuite d'Octobre Rouge" de John McTiernan, dans lequel Alec Baldwin lui prêtait ses traits (même si c'est Sean Connery qui cannibalisait l'écran), au centre de "Jeux de Guerre" et de "Danger immédiat" dans lesquels Harrison Ford lui conférait son humanité et sa bonhomie, puis sous les traits du jeune Ben Affleck dans "La somme de toutes les peurs".

Clancy, pape du techno-thriller, disparu en 2013, a créé un personnage iconique qu'il n'est finalement pas anormal de retrouver à nouveau sur les écrans, même si l'émergence de Jason Bourne et la mue spectaculaire de James Bond l'obligeait à revenir dans un film qui tiendrait compte des paramètres d'évolution du cinéma d'action et d'espionnage. Pour parvenir à se démarquer nettement et permettre au producteur Mace Neufeld (point commun de tous les films mettant en vedette Jack Ryan), de lancer une nouvelle et florissante franchise.

C'est donc l'acteur réalisateur Kenneth Branagh qui préside aux destinées de ce reboot qui sur le papier partait avec de sérieux atouts, ne serait-ce que sur sa distribution: Chris Pine dans l'uniforme de Ryan, auréolé de son triomphe dans les "Star Trek" de JJ Abrams, Kevin Costner dans le rôle de son mentor, Keira Knightley dans celui de l'épouse de l'analyste de la CIA et Branagh lui-même en méchant de service, un casting 4 étoiles pour "The Ryan Initiative". Et un début réussi qui nous plonge d'emblée dans le quotidien d'un Ryan qui assiste médusé aux attentats du 11 septembre sur un écran de télévision ce qui va bien évidemment influer sur son engagement patriotique. Le premier quart d'heure du film est un modèle du genre, rythmé juste comme il faut, de l'action, de l'humour, la mise en danger de notre héros, bref, tout le potentiel pour que le film soit une réussite, même si l'on oublie vite que Ryan est à la base un homme plus habitué aux coursives des bureaux qu'au terrain. Soit ! Les précédents films avaient déjà capitalisé sur cette différence essentielle avec les livres (surtout ceux avec Ford), donc pas de réelle surprise de le voir se transformer en super agent.

Las, après ce début prometteur, "The Ryan Initiative" verse trop vite dans un film d'action lambda qui a un mal fou à se démarquer des "Mission Impossible" et autre thriller survitaminé qui squattent les écrans avec réussite depuis quelques années. Pire "The Ryan Initiative" donne parfois l'impression d'avoir été tourné dans les années 80, tant dans le traitement de son sujet que dans sa réalisation. Le rythme du début retombe comme un soufflet pour laisser place à une histoire dont on se moque rapidement et dont les enjeux peinent à maintenir notre intérêt. Certes, le film est efficace par intermittences, mais le suspense est trop vite éventé, les situations peu passionnantes, voire même carrément ennuyeuses et la réalisation de Branagh est dénuée de personnalité à tel point que l'on se demande où est passé le réalisateur génial de "Henry V" et de "Peter's Friends". "The Ryan Initiative" ressemble trop souvent à un ramassis de clichés, mais on n'atteint heureusement jamais le bas de gamme façon "Die hard 5" et certaines séquences rehaussent un niveau relativement moyen.

Finalement, ce qui sauve "The Ryan Initiative" du ratage complet c'est son casting. Chris Pine est convaincant dans le rôle de Ryan. Il allie humour, solidité et charisme, est très à l'aise dans les scènes d'action et son interprétation est vraiment l'un des points forts du film. Kevin Costner lui donne le change en faisant le job avec classe comme à son habitude, même si son personnage est loin d'être original. La caution féminine est confiée à Keira Knightley qui s'en tire convenablement et apporte un peu de sex appeal à un univers extrêmement masculin. Le bât blesse par contre avec l'interprétation d'un Kenneth Branagh, méchant de pacotille estampillé aussi eighties que sa réalisation et qui peine à faire passer quoi que ce soit comme frisson. Le comédien habitué des compositions habitées et fiévreuses se perd ici à la lisière de la caricature.

Pas indigne et plutôt divertissant, "The Ryan Initiative" peine terriblement à être une alternative à Jason Bourne et James Bond, sans doute trop ancré dans des aventures qui sentent la naphtaline. Pour ressortir Jack Ryan du placard, il faudra miser sur plus d'inventivité à l'avenir.



Une critique publiée avec l'aimable autorisation du site Les Chroniques de Cliffhanger que nous remercions chaleureusement.
Auteur :Fred Teper
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