28 septembre 2021
Critiques

The Suicide Squad : Mission accomplie capitaine Gunn !

Par Yaël Djender

La fidélité au matériau d'origine, proportionnelle à la drôlerie et à la violence presque caricaturales dont est truffé le projet, fait de cette « opération sauvetage » un nouveau classique du genre. Un must.

Nous commencions - à juste titre - à croire que Warner Bros s’adonnait sans ambages à un masochisme des plus malsains visant ses propres productions cinématographiques estampillées DC. Vous nous accorderez dès lors qu’il était difficile de placer nos espoirs plus haut que le ras des pâquerettes lorsque le board du studio a confié vouloir donner une suite à l’un des pires naufrages artistiques de son histoire.

Car c’est bien là les seuls qualificatifs qui puissent seoir à l’immense navet qu’était la version 2016 de "Suicide Squad". Un long-métrage décérébré en col blanc, masquant (entre autres) son minable manque d’écriture derrière des références bâclées aux têtes d’affiche de la firme, usant à outrance d’easter-eggs aussi impromptus qu’ils étaient superflus, zigouillant littéralement l’opportunité qui leur était offerte d’emboîter le pas à la concurrence sur le terrain des adaptations de super-vilains.

Autant dire qu’une frange (extrêmement) réduite du public attendait avec impatience de s’infliger à nouveau deux heures d’une telle souffrance, et ce malgré le relatif succès commercial du premier volet. C’était sans compter sur deux éléments salvateurs auxquels il eut été plus pertinent de songer plus tôt : James Gunn, et la classification Rated-R.

critique-the-suicide-squad1
Idris Elba - Copyright Warner Bros. Entertainment Inc.
Une ode à la liberté créative

Ne prenons pas de pincettes et annonçons-le d’entrée de jeu : nous déconseillons ce film aux âmes sensibles. En effet, "The Suicide Squad" est violent. Très violent. Trop violent pour les enfants, ça c’est un fait. Mais pour les adultes ? Ce sera certainement l’une des productions les plus gores que vous ayez vues dans ce registre, certes, mais cela contribue indéniablement à renforcer une forme de « charme » dont le film ne manque pas. Les têtes tombent, les insultent pleuvent et les corps se déchirent.

Mais l’absurdité est ici le corollaire de l’animosité ambiante, réduisant presque à néant l’aspect dramatique des évènements, et boostant en conséquence notre seuil de tolérance qui, s’il était déjà assez élevé, atteint des plafonds que seul Quentin Tarantino a su titiller. Il faut dire que faute d’y avoir été habitué, la vue du sang a presque un aspect rafraîchissant, comme si le renouveau de cette machine usée qu’est le cinéma super-héroïque passait par le fait d’« adultiser » un peu les projets proposés.

Deadpool avait tenté le premier, à sa manière et avec le succès qu’on lui connaît, de jouer avec les feux ardents du Rated-R. Le faire en équipe était donc la suite logique de l’expansion de ce genre trop souvent qualifié de « gentillet ». Et qui mieux que James Gunn, le réalisateur fou de "Super" et des "Gardiens de la Galaxie", pour donner vie à ce délire ambulant ? Lui qui avait déjà permis à Marvel de côtoyer les étoiles, autorise aujourd’hui DC à rêver à son tour de retrouver les sommets qu’elle a jadis occupés. Ainsi, la carte blanche donnée à son réalisateur est le signe que non-seulement la maison de Superman apprend de ses erreurs (inutile de rappeler le conflit avec Zack Snyder), mais aussi qu’il faut s’attendre à ce que l’originalité soit de mise à l’avenir. On a déjà hâte.

critique-the-suicide-squad2
Margot Robbie - Copyright Warner Bros. Entertainment Inc.
Une production aboutie à tous points de vue

Être libre de créer était une chose, savoir utiliser sagement cette liberté en était une autre. Il s’agissait de l’une l’une des zones d’ombres qui restaient à éclaircir au moment où nous franchissions les portes du multiplexe : le jeu en valait-il la chandelle ? L’excitation autour du côté open-bar du film n’était-elle pas simplement un autre coup promotionnel destiné à appâter le chaland tout en cachant (encore) la pauvreté intrinsèque du film ? Et bien figurez-vous que non. Sans être au niveau scénaristique de la bat-trilogie Nolanienne ou du "Watchmen" de Snyder,  "The Suicide Squad" a l’honnêteté d’assumer sa simplicité, voire même d’en jouer au détour de scènes qui, si elle ne sont pas encore d’anthologie, ne devraient pas trop se faire prier avant de le devenir. Le pitch est plutôt sommaire, mais d’une efficacité redoutable. Il est secondé par une honorable réalisation, se refusant à ne miser que sur les effets spéciaux – qui, soit dit en passant, sont excellents – pour proposer de vrais beaux plans ainsi que de l’inventivité dans la mise en scène.

C’est une prise de risque louable, pas démesurément chère pour ce genre de studios, et qui devrait convenir aussi bien à l’aficionado-type du 7e art qu’à l’adulateur des cases de comics. « Ratisser large pour mieux séduire », c’est en résumé la position prise par le long-métrage. Difficile de le lui reprocher à la vue de la remarquable justesse dont fait preuve cet hybride dans son jonglage entre prises de vues réelles et images générées par ordinateur. Ajoutez à cela une magnifique bande-originale d’un John Murphy très inspiré (et bien aidé par les autres interprètes crédités). Saupoudrez le tout d’un casting d’enfer, porté par une Daniela Melchior, un Idris Elba et un John Cena de haute volée ; alternant entre des phases émotionnelles touchantes pour l’une, un je m’en foutisme de façade pour l’autre et une hilarante rigueur militaire pour le dernier ; et vous obtiendrez un excellent prototype artistique d’une nouvelle trempe, que l’on désire ardemment revoir à l’avenir.

Inclassable à ce jour, mais portant suffisamment d’influences issues de la comédie, de l’action et de l’héroïsme pour ne pas être trop unique (au point d’en devenir incompréhensible), "The Suicide Squad" est donc un blockbuster qui fait du bien. Ne connaissant pas la moindre barrière, il offre la possibilité à son réalisateur de s’exprimer pleinement, de respirer. Et ça se voit. Ce dernier nous livre alors un film déjanté, sanglant à souhait et vulgaire, qui n’oublie cependant pas d’envoyer un message fort aux grands noms d’Hollywood en faveur de davantage de diversité dans le traitement de nos justiciers - et bandits - préférés sur grand écran. La réussite, pleine et entière, est digne d’un succès commercial à sa hauteur. Souhaitons-le-lui en ces temps peu propices aux bons résultats au box-office… Et gloire à la Task Force X !

ça peut vous interesser

Henry, portrait d’un serial killer : Vomir et mourir

Rédaction

L’Exorciste : Le démon à ma porte

Rédaction

Dune : Une épopée mystique

Rédaction