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The Tree Of Life : Que le spectacle continue !

Que l'attente fut longue ! Annoncé à Cannes en 2010 mais pas encore prêt à l'époque car le montage n'était pas terminé, "The Tree Of Life" (distribué par EuropaCorp) était donc, avant sa projection cannoise, déjà culte. Culte car Terrence Malick, dans la lignée de Stanley Kubrick, est un cinéaste à part, solitaire, secret, inaccessible, perfectionniste, peu prolixe (5 films en 37 ans), capable d'avoir auprès des studios une totale liberté d'action, des budgets importants, des casting de rêve (ce sont les acteurs qui le sollicite et non pas le contraire). Culte car son dernier film nécessita de longues recherches, tant sur les effets spéciaux que sur le casting des enfants et un montage interminable (pas moins de cinq monteurs) qui vît le film passé de 3h20 à 2h18 !

Nous nous attendions ainsi à une grande fresque, un film somme, grandiose, ambitieux, fascinant… La liste des adjectifs précédent le film pourrait continuer encore ! Lundi 16 mai 2011, le film est projeté à Cannes, puis quelques heures plus tard dans toute la France. Il y a de la fébrilité, la crainte que le film ne soit pas à la hauteur des attentes. Malick peut-il nous donner à voir autre chose qu'un chef d'œuvre ? 2h18 plus tard il faut digérer cette fresque poétique et onirique, ce film qui nous ballade entre le micro et le macro, entre l'infiniment grand et l'infiniment petit, le cosmos et le Texas des années 50, entre la nature et la grâce, des dinosaures aux buildings d'une mégalopole américaine.

Alors oui, "The Tree Of Life", par son côté expérimental, sa narration éclatée, sa voix-off polyphonique, ses propos métaphysiques et ésotérique va perturber et décontenancer de nombreux spectateurs. D'ailleurs il y eut des sifflets à Cannes et des spectateurs partout en France qui n'ont pas tenu jusqu'au bout !Il est un certain que c'est un film à part, rare, formellement somptueux, mais sans doute abscons, à la limite de l'expérimental, entre trip mystique et art contemporain, poème élégiaque, réflexion philosophique et chronique familiale.

Malick nous ballade entre le Texas des années 50, celui d'une famille ou règne un patriarche autoritaire entouré de sa femme douce et effacée, de ses trois fils dont l'un va mourir noyé. Brad Pitt, dans ce rôle de père dur et fragile à la fois, est excellent, d'une grande force et justesse, entre fureur et douceur, il se rêvait musicien et se retrouve simple cadre, c'est un homme plein de rancœur, de frustration, qui ne sait pas dire et montrer son amour.

C'est sous le regard du fils aîné que nous sommes en immersion dans cette famille, regard que nous voyons se transformer, sombrer dans la haine… Des décennies plus tard nous voyons un Sean Penn erratique, dans des lieux immenses, urbains, ou règne la contre plongée ! Il se souvient de son enfance, lui l'aîné qui a subi la rigidité de son père. Sa voix-off s'interroge, se détache de son personnage pour devenir omnisciente, pour s'adresser à Dieu sans doute.

Et il y a la partie la plus déconcertante, ce fameux trip cosmique très « Kubrickien », où l'on croit assister au big-bang, où l'on croise des dinosaures, entre effets numériques et art plastiques, entre prise de vues réelles, où la steady-cam déploie ses magnifiques et amples mouvements de caméras, et effets spéciaux (tiens tiens c'est l'oeuvre d'un certain Douglas Trumbull, celui qui a fait ceux pour "2001" !). On peut trouver ce passage bêtement new-age, d'une philosophie de pacotille, mais si on se laisse embarquer par ce voyage sidérant la magie opère, celle d'une mise en scène fascinante, d'une maîtrise rare. On fini par se laisser submerger par le rythme des images, des voix, la sublime photographie, la mélancolie du récit et l'émotion des rapports père fils qui finissent par toucher en plein cœur.

Ce poème cinématographique est la preuve une fois de plus que Malick est un cinéaste unique et à part, qui à foi en son cinéma, en la puissance des images, de ses images, qui expriment bien plus que milles mots. Alors laissez vous portez par cette œuvre rare, par sa façon de transcender le son, les images, les acteurs. Kubrick n'étant plus, merci Mr. Malick d'oser, créer et nous proposer ces films à la puissance incomparable.

Auteur :Loïc Arnaud
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