5 décembre 2020
Critiques

The Vigil : Le mangeur de douleurs

Par Denis Dutronc

Keith Thomas signe avec "The Vigil" (distribué par Wild Bunch Distribution) un premier film d'horreur surnaturel intelligent et effrayant au sein d'une communauté juive orthodoxe. Une entrée honnête et intéressante pour ce réalisateur qu'il faudra suivre désormais.

Satan, les exorcismes, les crucifix, l'eau bénite, la terreur tendance catholique, tout le monde connaît. Dans la culture juive orthodoxe, moins ouverte au grand public, il y a pourtant les mêmes contes mettant en vedette des esprits malveillants. C'est pourquoi Keith Thomas, le réalisateur, pour son premier film, s'est immergé dans la culture juive, fréquentant même une école rabbinique pendant un certain temps pour apporter une compréhension profonde des caractéristiques et des particularités de la tradition israélite. La veillée de la dépouille du défunt est considérée comme un moyen de réconforter l'âme d'une personne décédée qui est agitée et confuse peu de temps après la mort et plane autour du corps pendant quelques jours. Ce qui donne à son oeuvre un sens de la tradition, de la culture et de la foi.

Évoquer l'holocauste et le spectre historique de l'antisémitisme comme élément de film de genre est risqué dans "The Vigil", mais il permet à Keith Thomas d'explorer quelques thématiques intéressantes telles l'isolement individuel au sein de communautés isolées, la difficulté de se détacher de sa religion, la culpabilité et l'expiation. Grâce à la performance exceptionnelle de Dave Davis (dans le rôle de Yakov), "The Vigil" emporte l'adhésion malgré un sujet difficile à aborder.

Aperçu dans "USS Greyhound" aux côtés de Tom Hanks, Dave Davis nous offre une solide performance, nerveuse et extrêmement convaincante, dans son rôle de gardien des morts. Il parvient à donner de la profondeur à son personnage malgré une intrigue plutôt mince. Lynn Cohen (Mme Litvak), connue pour son rôle de Magda dans la série "Sex and the City", interprète à la perfection la veuve prise de démence. Ses brèves apparitions sont angoissantes. Il est à noter que l'actrice est décédée peu après le tournage.

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La mise en scène de "The Vigil" est minimaliste, mais efficace. Certaines scènes telles celles des appels téléphoniques et les conversations face time deviennent malaisantes à des moments improbables. Grâce à certaines techniques de prises de vue intelligentes, Keith Thomas se concentre dans l'espace et le temps et parvient à créer une ambiance claustrophobe impressionnante. L'action du "Vigil" se déroule presque exclusivement de nuit, dans les limites de la maison sombre, avec deux personnages principaux. Le réalisateur ne perd pas de temps et maintient une tension élevée pendant la première partie du film, jouant avec les lumières et les ombres.

Malgré quelques scènes un peu redondantes, "The Vigil" demeure réjouissant à voir dans les salles obscures. On pense irrémédiablement à "L'Exorciste" de William Friedkin, pour le coté religieux, et à "The Jane Doe Identity" pour ses scènes horrifiques étirées. Malheureusement, la deuxième partie du "Vigil" devient vite prévisible et le dénouement est trop simpliste débouchant sur une fin trop brusque.


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