Critiques

The Voices : Chat meurtrier

Réalisatrice de l'excellent "Persépolis", la franco-iranienne Marjane Satrapi s'attaque désormais à un tout autre style avec "The Voices", un film mélangeant parfaitement humour, romance et thriller horrifique.

"The Voices" est un film qui parle de Jerry, employé dans une société de fabrication et d'expédition de baignoires, dont personne ne connait le passé, mais que tout le monde trouve être le collègue sympa et son supérieur dirait même de lui qu'il s'agit d'un employé modèle. Sauf que personne ne sait que Jerry est quelqu'un de seul et lorsqu'il tombe amoureux de l'une des comptables de la société dans laquelle il travaille, il n'a nul autre choix que de se confier à son chat et son chien et, qui plus est, ces derniers lui répondent et sont ceux qui le guident dans sa vie. Bien entendu son chat le pousse à commettre des meurtres et son chien, quant à lui, se montre plus rassurant et compréhensif.

Bien évidemment "The Voices" évoque la schizophrénie, mais une bonne chose qu'a faite Marjane Satrapi a été de prendre le temps d'analyser cette maladie et donc de permettre à son personnage principal de devenir quelqu'un de « sympathique » notamment en retirant toute perversion sexuelle dans l'acte de tuer et transposant cette sexualité dans ces personnages féminins eux très sexués. Autrement dit, son héros ne tue pas à cause de ses pulsions meurtrière et n'y trouve donc pas une satisfaction perverse, mais parce qu'il est tout simplement malade et sa seule satisfaction est de retrouver dans ses victimes une certaine nouvelle approche de l'amitié et des relations humaines. De plus, la seule approche sexuelle de Jerry dans le film pourrait très bien paraitre dans une comédie sentimentale banale. Alors oui, cela semble ridicule pour un thriller, mais rappelons que le film est plus une comédie dramatique, déconseillé au moins de 12 ans, qu'un véritable film de suspense ou d'horreur.

Par ailleurs, le film n'est pas sans rappeler, un classique du cinéma, en l'occurrence "Psychose" de Hitchock et ce sur divers points. Tout d'abord la contextualisation : certes "The Voices" se déroule à notre époque, mais le look des personnages et la musique ne sont pas sans rappeler les années 50 et même si l'intrigue se déroulant de nos jours vous laisse perplexe quant à cette idée, rappelez-vous du remake de Gus Van Sant ou de la série actuelle "Bates Motel" réactualisant l'action eux aussi à leur époque de diffusion ; ensuite il y a certains autres points pouvant nous faire penser à "Psychose", comme le fait que Jerry vit dans un bowling abandonné sur une route complètement désertée n'est pas sans rappeler le fameux Motel Bates. Il y a aussi le simple fait qu'il tue des jeunes femmes séduisantes notamment parce qu'elles ont le malheur de pénétrer chez lui, le contraignant ainsi à cacher leurs voitures derrière son bowling. Et bien entendu que serait un serial killer sans la relation qu'il a avec ses parents. Jerry entretient avec sa mère une relation, non pas ambigüe au point de vue sexuel, mais disons plutôt fusionnelle car, visiblement, la schizophrénie de Jerry a une source maternelle.

Alors oui, on peut dire que "The Voices" « ridiculise » les personnages de tueurs en série au cinéma, mais attention ce n'est en aucun cas péjoratif, bien au contraire. Jerry, conscient de sa maladie et de ses actes, parvient à nous faire rire tout au long du film et parfois même lors de ses moments les plus ignobles. Autrement dit, le casting est très bon, avec bien entendu une note toute spéciale pour Ryan Reynolds, capable de nous faire rire en ayant de l'autodérision et de nous rendre triste en même temps que son personnage. Quant à l'aspect du traitement de la schizophrénie, la réalisation est tout simplement remarquable. Jerry est contraint de prendre des médicaments s'il veut être « normal » or il décide de ne pas les prendre car ce sont justement ses pilules qui lui font voir dans quel monde il vît réellement à savoir un appartement crasseux, insalubre et sans oublier les horreurs qu'il commet. Toutefois, lorsqu'il n'est pas sous l'influence de ses médicaments, Jerry voit alors un monde heureux, beau et apparemment normal pour lui...

Alors oui ce ne sont pas ses médicaments qui pourront guérir Jerry et le rendre « normal ». "The Voices" donne, en effet, l'impression à certains que tout tourne autour des animaux de Jerry, alors que pour d'autres il s'agit là encore d'une histoire de tueur en série complètement asocial et psychotique alors qu'en réalité ce film est un savoureux mélange entre l'horreur de ce tueur, rendu drôle par ses animaux, et sa sympathie encore enfantine, mais qui sait garder par moment un ton tragique rendant ainsi ses personnages crédibles et pas seulement sorties d'une interprétation déjantée de la maladie dont il est question. Sans oublier bien entendu la musique qui oscille entre Rockabilly et Disco.

Bref, "The Voices" est un régal pour les yeux et les oreilles et s'adresse donc à un public étant capable de comprendre tout l'enjeu du personnage d'où le fait qu'il soit déconseillé au moins de 12 ans, et qui plus qui soit venu voir ce film pour en rire aussi. Enfin, qui n'a jamais pensé que son chat avait des envies de meurtre et que son chien serait prêt à tout pour nous sauver et nous rassurer ?

Auteur :Vivien Descamps
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