Critiques

The Voices : Inachevé

J'ai toujours eu un singulier problème avec Ryan Reynolds. Est-ce dû à son absence totale d'expression faciale (un peu embêtant quand on est acteur) ? Son regard bovin ? Ou peut-être ne lui ai-je jamais pardonné d'avoir été monsieur Scarlett Johansson, va savoir. Chose sûre "The Voices" ne me disait franchement rien. Mais comme dirait feu Oscar Wilde, il n'y a que les folies que l'on ne regrette jamais.

Avant tout visionnage il est important de préciser le genre de "The Voices" : la comédie d'horreur. Késako ? A travers une trame pourtant sombre et sanglante, le film tente de faire rire le public, notamment via l'humour noir et cynique. Des réalisateurs, issus de la pop culture comme Tim Burton, ont contribué à sa popularité même si le grand public lui s'acharne à ne retenir que des "Scary Movie" et autre ersatz...

"The Voices" est entre les deux. Ryan Reynolds incarne Jerry, citoyen benêt et lambda vivant dans une petite ville et gagnant sa croûte en faisant le métier le plus stimulant du monde, l'emballage de cartons. Il est le paroxysme du looser, un peu creepy, surtout très freaky, celui qui finit vos restes de pizza froide en fin de réunion. Fou amoureux de la jolie comptable mais bien trop timide pour prendre les devants, les premiers instants ont tout de la comédie romantique classique. On en vérifierait même le casting, une nouvelle fois, histoire de voir si Jennifer Anniston et Cameron Diaz n'ont pas été oublié, juste au cas où. Sauf que Jerry doit rentrer chez lui. Là où se trouvent ses animaux de compagnie, un chien et un chien. Des animaux qui parlent. Qui lui parlent. Ou du moins, il entend leurs voix.

Clairement, "The Voices" est orienté comédie. Le choix des animaux, classique héritage des cartoons, le chien et le chat, en sont la preuve légitime. Le personnage de monsieur moustache, incarnation de la mauvaise conscience de Jerry est, contrairement à toutes mes attentes, à mourir de rire. Il est regrettable d'avoir choisi ces deux symboles très stéréotypés. Certes le chien est représenté le plus souvent comme le meilleur ami de l'homme, le fidèle serviteur, mais le voir jouer les diaboliques Jiminy cricket aurait été novateur. Qu'importe ! Le problème ne réside en rien en ce duo comique, argument de vente du film. Non, là où le mât blesse est un peu plus complexe à saisir. Il s'agit du genre même du film. Le passage du comique à l'horreur véritable est bien souvent trop violent. L'idée de mise en scène est pourtant excellente. Ne jamais se contenter d'un seul point de vue. Et cette idée vaut aussi bien pour les spectateurs que pour Jerry lui-même.

Atteint d'une schizophrénie aigüe, Jerry a parfaitement conscience de sa maladie et de l'apparence du monde qu'il l'entoure. Sans la prise régulière de son traitement à base de puissantes pilules, sa réalité est un fantasme éveillé, où le sang ne coule pas, les cadavres ne sentent pas. Et où il est heureux, enfin presque. Refusant la laideur du réel, il arrêtera brutalement le traitement, et s'en suivra ce que l'on sait, la naissance d'un tueur. Une morale facile mais efficace. Qui du sage philosophe ayant une vue objective sur le monde ou du fou ne voyant que ce qu'il veut voir est le plus heureux ? Jerry lui a eu le courage de trancher.

Autre problème, la présence de la religion. Jerry, fervent croyant, et convaincu que si il est malade (tout comme l'était sa mère avant lui) c'est parce que Dieu ne l'aime pas. Plus d'une fois il fera un rappel au Seigneur ou à la Bible (durant son premier rencard, avec sa psy…). Un thème délicat à traiter dans la mesure où l'analogie foi et folie n'a pas vraiment lieu d'être. Soit Jerry est un tueur en série car, fou, il est atteint d'une réelle pathologie qu'est la schizophrénie ; soit parce que, dans un délire extrémiste, il se considère comme l'ange déchu Lucifer dont meurtres sont une forme de messages célestes et divins. La preuve de cette hypothèse est que, du regard de Jerry, chaque victime, humaine ou animale (la première étant sa propre mère !) lui demande « de l'aider » à en finir. Lorsqu'il meurt, il est rejoint par toutes ses victimes et…Jésus. Qui, il semblerait, l'attendait avec impatience. Pour chanter et danser sur… « Happy Song » (je ne prendrais même pas le temps de commenter). Etrange choix de direction, qui brouille malheureusement les pistes.

En conclusion, "The Voices" n'est donc pas le navet auquel je m'attendais. Certaines scènes, à la hauteur d'un "Doctor Dolittle" sont même franchement poilantes. Hélas, l'absence d'équilibre entre la comédie second degré et l'horreur premier degré, ainsi que les motivations réelles de la réalisatrice, nous laissent un gout amer de projet inachevé. Dommage !

Auteure :Mélissa Chevreuil
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