Critiques

The Voices : Pour Ryan

Marjane Satrapi est une femme qui, semble-t-il, aime sortir des sentiers battus. Elle aurait pu continuer à nous proposer des adaptations de ses BD à succès, soit sous forme animée ("Persépolis"), soit sous forme filmée ("Poulet aux Prunes"), ou simplement rester dans le même registre, à savoir des récits de ses souvenirs. Pourtant, la réalisatrice a décidé de prendre un chemin tout autre dès son troisième film, "La Bande des Jotas", se déroulant dans un univers bien barré (ce qui n'a pas fonctionné, le film est passé assez inaperçu, descendu par la critique), ce qu'elle a continué avec son nouveau film, "The Voices" (distribué par Le Pacte).

Cette fois-ci, elle est partie aux Etats-Unis (le film a été cependant tourné à Berlin) et s'est entourée d'acteurs anglophones qu'on aime bien (Ryan Reynolds mais aussi Gemma Arterton et Anna Kendrick, vue récemment dans "Into the Woods"), pour nous livrer une comédie quelque peu délirante, soit l'histoire d'un emballeur de baignoires (!), Jerry, qui tombe amoureux de sa collègue de la comptabilité. Le problème est que Jerry est atteint de troubles psychotiques (la réalité est déformée par un filtre qui donne l'impression à Jerry de vivre au pays de Bisounours) et que sa santé mentale va encore plus débloquer quand il tue accidentellement l'objet de son désir…

Ce qu'on peut dire en premier lieu de "The Voices" c'est qu'il est assez évident qu'il ne séduira pas le plus grand nombre, car même s'il est assez original (il fait parler des animaux, un chat et un chien), il reste bien déroutant parce que justement il fait parler des animaux ! En effet, nous ne sommes pas chez le "Dr Dolittle" (on conseille au passage la version de 1967 avec Rex Harrison), et donc les voix que nous entendons ne sont pas celles des pensées des deux animaux, mais seulement la représentation de l'inconscient tiraillé de Jerry (eh oui, Jerry est aussi schizophrène) : faut-il suivre la voi(x)e du bien, représenté par le chien, qui lui conseille de se dénoncer à la police, ou bien celle du mal, le chat, particulièrement convaincant, il faut le reconnaître, et donc continuer à perpétuer des meurtres (puisqu'il semble que cela fasse du bien à notre héros) ? Jerry n'arrivera malheureusement jamais à se décider sur le choix à faire.

Et c'est sûrement pour cette raison que "The Voices" ne fonctionne pas totalement. Comme Jerry, il hésite toujours entre deux voies, sans vraiment réussir à se décider. Soit celle d'un film décalé certes, mais à l'aspect gore assumé, à l'instar par exemple de "Evil Dead" de Sam Raimi, dans lequel on peut y voir une certaine filiation (dans "The Voices", toutes les scènes restent assez soft, même si on voit un peu de sang). Soit celle d'une comédie 100 % barrée et totalement loufoque, qui lorgnerait du côté de l'excellent "Serial Mom" de John Waters. De plus, "The Voices" souffre d'un scénario trop léger où chaque scène est un peu (trop) attendue.

Ce qui restera en fait de ce film, c'est avant tout la performance de Ryan Reynolds qu'on a malheureusement tendance à assimiler au beau blond un peu débile / un peu fadasse (en référence à son rôle dans la sitcom qui l'a révélé "Two Guys, A Girl and A Pizza Place ?") alors qu'il a pourtant démontré qu'il était un très bon acteur (notamment dans "Buried", et récemment dans le raté "Captives" où il était le seul acteur d'un peu près crédible); dans "The Voices", il est parfait tout le long du film, donnant à Jerry, selon la scène, un air benêt, mais également inquiétant ou d'une naïveté désarmante. Là où Ryan Reynolds est particulièrement bluffant, c'est qu'il fait également les voix des animaux (normal penserez vous puisqu'elles sont les voix de son inconscient), dotant le chat d'un accent British particulièrement bien adapté.

Enfin, il faut accorder mention spéciale tout de même au générique de fin, où les acteurs du film, habillés de couleurs édulcorées entament une reprise sous acide du titre du groupe de R&B The O' Jays, Sing a Happy Song, qui vous restera longtemps, très longtemps dans la tête (pour votre plus grand plaisir au demeurant). Restera un regret : ne pas savoir à la fin du film si les employés de Milton sont réellement habillés en rose ou si ça n'est ce qu'un effet de la vision déformée du monde par le héros ?

En résumé, "The Voices" est un film plein de bonnes intentions, qui, parce qu'il n'arrive pas à choisir sa voie et manque d'un scénario un peu plus développé, risque de décevoir pas mal de spectateurs. Il reste malgré tout une bonne surprise.

Auteure :Karine Lebreton
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